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Ne diabolisons pas la télévision !
Depuis que la télévision existe, chercheurs, parents et éducateurs se posent des questions sur la violence à la télévision. Les travaux sur le sujet se comptent par dizaines de milliers, notamment aux États-Unis où les ligues de parents et les associations de téléspectateurs sont particulièrement mobilisées sur ce thème. Et pourtant, de cette masse considérable de travaux, il ressort peu de réponses catégoriques. À ce jour, aucune recherche n'a pu montrer de façon définitive que la violence à la télévision exerçait un effet sur le comportement des jeunes téléspectateurs. À chaque fois d'autres variables - liées au milieu familial, au contexte socio-culturel, et / ou à la personnalité de l'enfant - transforment l'impact potentiel des scènes de violence à la télévision, soit pour le réduire, soit au contraire pour l'accentuer.
Le groupe de recherche enfants / médias souhaite donc clarifier ses positions sur ce point. Il ne s'agit aucunement de minimiser le problème de la violence à l'écran. Son augmentation, notamment aux heures de grande écoute depuis quelques années, le rend au contraire très préoccupant. En revanche, il semble indispensable d'aborder la question à partir des connaissances scientifiques qui ont été acquises et de traiter le problème dans toute sa complexité. L'effet de la violence à la télévision varie selon trois grandes modalités :
- Il dépend du type de programme dans lequel sont insérées les scènes de violence et du contenu des scènes elles-mêmes.
La violence dans un récit de fiction, si elle est intégrée dans la trame narrative du récit, peut avoir un effet de catharsis, alors que des images de violence décontextualisées déclenchent une grande anxiété, surtout chez les très jeunes. De même, on sait que les actes de violence qui sont « proches » du quotidien de l'enfant (bagarres au poing ou au couteau par exemple) sont plus inquiétants que d'autres qui sont perçus sur un mode imaginaire, et que la violence dans des dessins animés n'est pas vécue sur un mode aussi réaliste que celle des programmes pour adultes.
- Il dépend du contexte socio-culturel dans lequel vit l'enfant.
Si l'enfant vit dans un univers social et familial où la violence est déjà fortement présente, il aura plus facilement tendance à utiliser les images de la violence à la télévision comme une justification ou une banalisation des comportements agressifs. Les relations qu'il entretient avec ses parents, et plus généralement avec le monde des adultes sont aussi très importantes. Toutes les études ont montré que lorsque les parents regardent un programme avec les enfants, leur présence désamorce considérablement l'impact des scènes de violence, ne serait-ce que parce que l'enfant peut s'exprimer à leurs propos.
- Il dépend enfin du développement psychologique de l'enfant lui-même.
Les images de violence sont relayées par trois filtres : l'équipement cognitif de l'enfant, c'est-à-dire ce que le stade de son développement intellectuel va lui permettre de comprendre ; le stade du développement de sa personnalité, qui fait qu'il est plus ou moins sensible ou réactif ; et son histoire relationnelle, c'est-à-dire l'ensemble des éléments personnels qui l'amèneront à décoder d'une manière ou d'une autre les messages télévisuels.
Ainsi, plutôt que de diaboliser la télévision en la rendant responsable de toutes les manifestations de violence chez les enfants, nous appelons les parents et les éducateurs à se mobiliser ensemble pour réfléchir à des stratégies d'éducation aux médias qui aident l'enfant à trouver ses repères face aux messages qui lui sont proposés.
La vigilance passe certes par une surveillance des programmes (comme le fait en France le CSA équivalent du CRTC au Canada), mais elle passe aussi, et peut-être surtout, par cet effort d'accompagnement de la relation de l'enfant à la télévision.
Source : « Ne diabolisons pas la télévision ! » a été rédigé par le Groupe de recherche sur la relation enfants / médias du Centre international de l'enfance.
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