La consommation télévisuelle a bien sûr évolué au rythme des innovations technologiques, mais également en fonction de l'évolution des modes de vie. Dans les années 50, la famille traditionnelle constituait encore le noyau autour duquel s'organisait la vie en société. Mais les choses ont bien changé.
Pendant de nombreuses années, la variété des contenus télévisuels était excessivement limitée. Au Québec, on peut dire que le paysage télévisuel se résumait à Radio-Canada qui faisait « sérieux » et TVA avec ses stations affiliées que l'on qualifiait de réseau « populaire ».
Il n'y avait généralement qu'un seul téléviseur dans la maison et celui-ci était placé dans une pièce commune à tous les membres de la famille, souvent le salon. Et pour voir une émission, il fallait se trouver devant le petit écran au moment de sa diffusion.
À cette époque, les stations de télévision généralistes étaient véritablement des lieux de rassemblement des téléspectateurs. Les émissions populaires, alors peu nombreuses, faisaient l'objet de discussions animées entre des personnes d'horizons très variés dès le lendemain de leur diffusion.
Selon Dave Atkinson dans son étude L'avenir de la télévision généraliste francophone, la télévision s'est imposée « comme un puissant moyen d'information pour les citoyens et est même devenue progressivement la principale source d'information pour plusieurs d'entre eux ».
Regarder la télévision a longtemps été une activité familiale enrichissante de plusieurs point de vue. D'abord, les contenus s'adressaient en majorité à un vaste auditoire et par conséquent pratiquement toutes les émissions pouvaient être visionnées en famille. On pouvait donc amorcer des discussions impliquant tout le monde dans la maison à leur sujet.
Aujourd'hui, on constate que la télévision sert rarement à stimuler des discussions en famille, notamment parce que le nombre de téléviseurs par foyer a augmenté. Chacun regarde ses émissions préférées et elles sont rarement les mêmes pour tous les membres de la famille.
Certains chercheurs croient que dans le contexte actuel, la télévision contribue à l'isolement, à l'intérieur comme à l'extérieur des familles. Ils affirment que seule l'interaction entre deux personnes peut contribuer à briser l'isolement et la solitude. La télévision donne l'impression qu'on est moins seul. Comme il est plus facile d'allumer le téléviseur que d'aller vers les autres, de pratiquer certaines activités dans le but de rencontrer d'autres personnes, plusieurs en restent là, seuls devant la télé.
Certains avancent même que la télévision empêcherait la communication entre les membres d'une même famille. L'écoute de la télévision en famille ne serait qu'une consommation individuelle de contenus télévisuels en présence d'autres personnes, sans interaction significative.
Finalement, on reproche à la télévision de voler du temps aux interactions de qualité entre parents et enfants. Dans un contexte où les deux parents passent leurs journées à l'extérieur du foyer en plus d'assumer la gestion de l'organisation familiale (logistique, entretien, finances, etc.), il arrive bien souvent qu'installer les enfants devant la télé soit la seule façon d'avoir un répit.
Mais il y a une lueur à l'horizon puisque dans son étude intitulée Les 18-24 ans et les médias, Claire Boily remarque que la consommation télévisuelle serait en baisse depuis une trentaine d'année. Elle explique que « depuis 1970 et surtout depuis 1980, on observe une plus grande participation de la population en général à des pratiques culturelles et simultanément, une réduction de l'usage de la télévision ; ce qui représente un renversement historique ».