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TEXTE D'OPINION


Dis-moi ce que tu regardes, je te dirai qui tu es. Éliminer le sexisme et la violence dans les médias.

Écrit par Meg Hogarth

La télévision est devenue notre fenêtre sur le monde extérieur. En effet, 99 % des familles canadiennes possèdent au moins un téléviseur couleur à la maison. Cependant, un examen au hasard de la télévision commerciale présente une vue plutôt déformée du monde et de notre société. La télévision présente un monde parfois violent (drames policiers, drames d'action et nouvelles), parfois ridicule (les comédies de situation, les jeux-questionnaires, les feuilletons) et parfois éducatif (nature, arts), mais le petit écran ne nous donne pas une idée claire de notre monde.

La télévision commerciale nous donne l'impression que dans notre société, les femmes sont presque toujours jeunes, blanches, dotées d'une poitrine généreuse et particulièrement préoccupées par leur apparence et leur tenue. Elles comptent sur l'avis et la protection des hommes ; elles sont largement perçues comme des prestataires de soins et de nursage, mais rarement comme des êtres capables d'initiatives et de leadership. De plus, elles ont tendance à être des victimes sans défense d'une violence souvent de nature sexuelle.

Pour leur part, les hommes sont rarement vulnérables et extériorisent rarement leurs sentiments. Ils ont le contrôle. Ils semblent préoccupés par le souci de posséder des voitures sport, de prendre une bière avec des copains et par le maniement des armes - et gagnent souvent en ayant recours à la violence. Cependant, on les présente dans une grande variété d'âges, de couleurs et de formes. En outre, ils représentent plus souvent qu'autrement, « la voix de l'autorité », soit en train de vendre des produits ou dans les émissions d'actualités et d'information qui renforcent leur position en tant que patron averti.

Remarques sur les émissions télévisuelles pour enfants

. « Il n'est pas surprenant que des filles aussi jeunes que sept et huit ans suivent un régime. »
Ces stéréotypes se retrouvent aussi dans les émissions et les messages publicitaires destinés aux enfants. Les filles y sont présentées comme des personnes passives, préoccupées par leur apparence, en train de jouer avec des poupées plutôt qu'avec des ordinateurs ou des jeux vidéo comme les garçons. Par ailleurs, on montre les garçons comme étant actifs, souvent agressifs, surtout préoccupés par la pratique des sports et les jeux de guerre et ayant uniquement des amis du même sexe.

Ces stéréotypes, vus à un âge très précoce, enseignent aux garçons qu'exprimer de l'affection n'est pas une affaire d'homme. À l'opposé, on apprend aux jeunes filles qu'une vraie femme doit être de préférence mince, blanche et très jolie. Il n'est pas surprenant que des filles aussi jeunes que sept et huit ans suivent un régime et que les troubles alimentaires constituent un grave problème de santé parmi les jeunes femmes.

Le pouvoir des médias est palpable dans les millions de dollars que rapportent les produits inspirés par les émissions. La plupart d'entre nous considérons les messages publicitaires comme quelque chose qui interrompt l'émission, mais nous devons comprendre que beaucoup d'émissions (surtout celles destinées aux enfants) constituent un message publicitaire du début à la fin. Les émissions du genre Mighty Morphin Power Rangers (la première émission à être reconnue inappropriée au regard du code d'application relativement à la violence à la télévision par l'Association canadienne des radiodiffuseurs) sont produites surtout pour promouvoir un grand nombre de produits - jouets, draps de lit, vêtements - portant les motifs de Power Ranger. Le film Parc Jurassic en est un autre exemple. Il a été classé « Réservé aux adultes » et pourtant les jeunes ont été clairement ciblés pour la vente de produits qu'il a inspirés. La plus grande partie des presque 43 heures d'émission de bandes dessinées diffusées par semaine constitue des messages publicitaires continus à peine déguisés.

Dès la naissance, les poupons veulent intuitivement imiter les comportements humains. Les recherches démontrent que des poupons aussi jeunes que 14 mois qui regardent la télévision répètent les gestes qu'ils y voient. Le rapport Neilson sur la télévision (1990) indique que les enfants de deux à cinq ans regardent jusqu'à 30 heures de télévision par semaine. Ce n'est pas un problème en soi, mais un article paru en 1986 dans American Psychology affirme sans ambages que les enfants de cet âge ne possèdent pas la capacité cognitive pour distinguer la réalité de l'imaginaire. Ces jeunes enfants apprennent selon une perspective très limitée ce que signifie être homme ou femme dans notre société.

Ils ont aussi une perspective limitée de ce que sont les familles. Celles présentées dans les médias sont rarement élargies comprenant les grands-parents, les oncles, les tantes ou les cousins et les cousines. Les solutions aux conflits et aux problèmes sont souvent faciles et irréalistes pour les familles des émissions télévisées. De la même façon, ces familles ont tendance à n'avoir qu'une seule structure stéréotypée et une seule classe socio-économique. Cette approche passe sous silence la réalité des familles d'aujourd'hui : 13 % sont monoparentales et près de deux enfants canadiens sur dix vivent dans la pauvreté.

Les images irréalistes des familles nourrissent des attentes irréalistes de la part des membres de la famille. Les enfants peuvent être soucieux ou déçus si leur famille ne correspond pas à ce stéréotype. Dans la vraie vie, les mères et les pères subissent déjà beaucoup de pression en cette époque où les deux parents travaillent à l'extérieur du foyer. Les mères n'ont donc pas besoin d'une pression supplémentaire de la télévision pour être de « bonnes mères » ou pour fournir toutes sortes de biens matériels.

Regard des femmes sur la télévision

Les femmes canadiennes disent qu'il y a aussi d'autres choses dans les émissions télévisées dont elles n'ont pas besoin. Dans une récente étude intitulée Please Adjust Our Sets - Canadian Women Watching Television, les bénévoles d'Évaluation-Médias ont sondé des femmes partout au pays sur une gamme de questions concernant leurs habitudes d'écoute, leurs préférences et leurs préoccupations.

Comme on pouvait s'y attendre compte tenu du récent débat sur la violence dans les médias, les femmes ont exprimé leurs préoccupations au sujet de la violence télévisuelle. Quatre femmes sur cinq estiment qu'elles contribuent à la violence dans la société. Plus de 35 % des femmes interrogées disent éviter de regarder des émissions à caractère violent. Elles se sont aussi dites très préoccupées par la violence dans les jeux vidéo et les vidéocassettes loués.

L'image des femmes véhiculée par les médias est devenue un autre sujet de préoccupation. Près de neuf femmes sur dix pensent que les femmes subissent l'influence des médias - la plupart estime que les images que projettent les médias seraient en partie responsables des troubles alimentaires des femmes. Les trois-quarts des femmes interrogées sont d'avis que la télévision offre très peu de modèles positifs à émuler aux jeunes femmes. En outre, près de la moitié des répondantes n'ont pas pu citer une seule femme servant de modèle à émuler à la télévision.

La majorité des femmes (73 %) ont indiqué qu'elles se sentiraient soit occasionnellement, soit souvent insultées par les images sexistes projetées sur les femmes, même si peu d'entre elles écrivent (8 %), téléphonent (13 %) aux « faiseurs d'images » ou aux diffuseurs pour se plaindre. Cependant, trois femmes sur quatre affirment discuter de leurs objections avec des amies et plus de la moitié disent qu'elles évitent délibérément d'acheter des produits annoncés d'une façon qu'elles jugent insultante.

« On doit rappeler aux enfants que les familles de leur voisinage et leurs amis et parents mènent une vie ordinaire dans des maisons ordinaires où le plancher de la cuisine se salit, où les mamans travaillent à l'extérieur du foyer, où les chambres sont souvent en désordre et où les repas ne sont pas toujours parfaits, ni toujours préparés à temps. » [Traduction]
Carmen Luke, Television and Your Child: A Guide for Concerned Parents, (Toronto, 1988, Kagan and Woo Publishing)

Prenons-nous en main

Nous connaissons tout le pouvoir des médias et, dans une certaine mesure, nous nous sentons impuissants à transformer cet outil potentiellement merveilleux en une force positive dans notre vie. Ce n'est plus tout à fait réaliste de penser que nous pouvons vivre sans les médias électroniques. La télévision est dans notre maison - pas seulement dans notre salon, mais aussi dans notre cuisine et de plus en plus dans la chambre à coucher de nos enfants. Nous pouvons imposer des limites. Nous pensons essayer de surveiller ce que nos enfants regardent et, si nous en avons le temps, nous asseoir et regarder des émissions avec eux pour leur dire ce que nous en pensons.

. « La majorité des femmes se disent occasionnellement ou souvent insultées par les images sexistes projetées sur les femmes à la télé. »

Au moment de commencer l'école, les enfants ont déjà été exposés à des milliers d'heures d'émissions. À la fin du secondaire, ils auront probablement passé plus de temps devant le téléviseur qu'en classe. En outre, les enfants d'aujourd'hui peuvent louer pratiquement tous les films dans les clubs vidéo. Ce matériel comprend les films dits de « destruction gratuite ».

Un grand nombre d'enfants regardent à la maison des films comme Le silence des agneaux, Les griffes de la nuit ou Les nerfs à vif qui leur sont interdits dans des salles de cinéma. Ces films, qui sont utilisés presque comme un rite de passage, glorifient la violence - une violence plus souvent qu'autrement de nature sexuelle.

Les nombreux jeux vidéo commercialisés auprès des enfants sont probablement plus dommageables et aussi plus lucratifs que toutes les vidéocassettes et tous les films produits de par le monde. Ils sont généralement joués par de jeunes garçons et certains de ces jeux sont parmi les plus violents et les plus sexistes en circulation aujourd'hui. Beaucoup d'entre eux comportent des technologies sophistiquées, utilisent de vrais acteurs plutôt que des images et les joueurs peuvent faire en sorte que leurs « monstres » (des hommes) pourchassent et menacent des jeunes femmes légèrement vêtues et terrifiées. Même le meilleur d'un mauvais lot de jeux vidéo encourage le jeu solitaire et a des conséquences néfastes sur la santé des joueurs fréquents. Les parents doivent surveiller de prêt la location ou l'achat de ce genre de produits et aider leurs enfants à comprendre pourquoi ils s'y opposent.

L'initiation aux médias, c'est-à-dire l'apprentissage du décodage des médias, est obligatoire dans certaines provinces, mais en général seulement au secondaire. De plus, la plupart du matériel des programmes d'études ne comprend pas d'analyse des rôles masculins et féminins. Il n'existe pas non plus de formation pour les enseignants à aucun niveau. Nous avons besoin de parler à nos éducateurs et à nos administrateurs au sujet de l'importance de commencer l'initiation aux médias dès le niveau primaire.

Il est néanmoins vrai que quelle que soit la puissance des médias, la plupart des jeunes enfants sont de loin plus influencés par les opinions et les valeurs de leurs parents, de prestataires de garde qu'ils respectent et de leurs professeurs. En plus de laisser nos enfants connaître nos valeurs et opinions, nous avons besoin de les écouter. Laissons-les nous dire, sans censure ni ridicule, ce qu'ils aiment et ce qu'ils en ressentent.

En plus de travailler dans nos propres familles, nous pouvons travailler dans nos communautés respectives - nos garderies, nos écoles, nos haltes-garderies ou nos clubs philanthropiques - pour éduquer et sensibiliser les gens concernant les médias. Même si nos journées sont très occupées, nous pouvons prendre le temps d'écrire une lettre ou de téléphoner pour dénoncer les images avilissantes ou les émissions à caractère violent. Nous pouvons encourager nos enfants plus âgés à faire de même - question de leur montrer que leurs idées comptent aussi. Nous pouvons travailler ensemble. Comme nous le disons à Évaluation-Médias - « Une action individuelle est une lettre, mais une action collective est une compagne ».


Source : Meg Hogarth : « Dis-moi ce que tu regardes, je te dirai qui tu es. Éliminer le sexisme et la violence dans les médias. », Transition, mars 1995.
Meg Hogarth est directrice générale d'Évaluation-Médias, une organisation nationale sans but lucratif qui surveille l'image que l'on projette des femmes et des jeunes filles dans les médias depuis 1981.

 

 

 
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