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LA TOILE


Contrer la cyberintimidation
34 pour cent des élèves du secondaire signalent avoir été intimidés durant l'année scolaire en cours. Parmi ceux-ci, 27 pour cent disent avoir été intimidés via Internet.

(Source : Sondage Jeunes Canadiens dans un monde branché, Réseau Éducation-Médias, 2005)

Internet a créé un univers de nouvelles formes de communications pour les jeunes. Ils peuvent utiliser les courriels, sites Web, bavardoirs, messageries instantanées et messages textes (STM) pour rester en contact avec leurs amis ou s’en faire de nouveaux.

Même si la plupart de ces interactions sont positives, de plus en plus d’enfants et d’adolescents s’en servent pour intimider et harceler les autres, et pratiquer ce qu’on désigne désormais sous le terme de cyberintimidation.

Les jeunes internautes ont créé leur propre univers de communications interactives souvent inconnu des adultes et peu supervisé. Lors d’un sondage mené auprès des jeunes par le Réseau Éducation-Médias, 50 pour cent des répondants ont affirmé naviguer généralement seuls sur Internet et seulement 16 pour cent discuter souvent avec leurs parents de leurs activités en ligne. Les adeptes du harcèlement préfèrent bien évidemment opérer loin du regard des adultes et la Toile est l’outil idéal pour contacter quelqu’un, n’importe où et n’importe quand. Du coup, pour beaucoup de jeunes, même la maison n’est plus un refuge contre la cruauté de certains de leurs camarades d’école.

Le caractère anonyme d’Internet fait que les jeunes s’y sentent plus libres de commettre des actes qu’ils n’oseraient pas envisager dans la vie réelle. Même si on parvient à retracer leur identité, ils peuvent toujours prétendre que quelqu’un a volé leur mot de passe. Rien ne les oblige à admettre les faits. Quand il est impossible de prouver la culpabilité d’un individu, la peur du châtiment diminue de beaucoup.

Selon Nancy Willard, du Responsible Netizen Institute, ce type de communications à distance affecte également le comportement éthique des jeunes en les empêchant d’être directement témoins des conséquences de leurs actes sur les autres. Ce qui diminue de beaucoup la compassion ou le remords. Les jeunes écrivent en ligne des choses qu’ils ne diraient jamais en personne parce qu’ils se sentent loin de leur victime et des résultats de leurs attaques.

Il existe différentes formes de cyberintimidation. Parfois, il s’agit d’insultes ou de menaces directement envoyées à la victime par courriel ou messagerie instantanée. Les jeunes peuvent aussi faire circuler des commentaires haineux visant une personne en particulier par le biais du courriel et des messageries instantanées, ou en les affichant sur des sites Web. Ils le font souvent sous une fausse identité en utilisant un mot de passe volé à quelqu’un d’autre. Ceux d’entre eux qui ont une bonne connaissance de la technologie sont même capables de monter un vrai site Web, souvent protégé par un mot de passe, pour cibler certains élèves ou enseignants.

Par ailleurs, de plus en plus de jeunes sont victimes d’intimidation par le biais de messages textes envoyés sur leur cellulaire. Ce type de téléphone échappe complètement à la surveillance des adultes. Contrairement aux ordinateurs installés dans un endroit passant à la maison, à l’école ou à la bibliothèque, les cellulaires sont totalement personnels, privés, toujours connectés et accessibles. Les jeunes les gardent généralement ouverts toute la journée et peuvent ainsi se faire harceler à l’école et jusque dans leur propre chambre à coucher.

Certains cellulaires ont même des appareils photo intégrés qui ajoutent une nouvelle dimension au problème. Des élèves s’en sont déjà servi pour prendre la photo d’un élève obèse dans les douches après un cours de gymnastique et, quelques minutes plus tard, la photo circulait sur toutes les adresses de courriel de l’école.

Les institutions scolaires ont de la difficulté à enrayer le phénomène de la cyberintimidation, particulièrement à l’extérieur de l’école. Les enseignants peuvent généralement intervenir en cas de harcèlement ou de persécution dans la vie réelle, en classe ou dans la cour de récréation, mais l’intimidation en ligne échappe au radar des adultes, ce qui la rend difficile à repérer à l’intérieur de l’école et impossible à contrôler à l’extérieur.

La cyberintimidation et la loi

Les jeunes devraient savoir que certaines formes de cyberintimidation tombent sous le coup de loi. Le Code criminel du Canada considère que communiquer de façon répétée avec quelqu’un de manière à lui faire craindre pour sa sécurité ou celle de ses proches est un acte criminel.

Il est également criminel de publier un libelle diffamatoire, qui insulte quelqu’un ou peut nuire à sa réputation en l’exposant à la haine, au mépris ou au ridicule.

La cyberintimidation peut aussi violer la Loi canadienne sur les droits de la personne, si elle répand haine et discrimination basées sur la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l’orientation sexuelle, le statut marital ou familial et les handicaps physiques ou mentaux.

Le rôle des fournisseurs de service Internet (FSI) et de téléphonie cellulaire

Les compagnies qui fournissent des services Internet ont presque toutes des Politiques d’utilisation qui définissent clairement les droits et obligations de leurs clients, tout comme les sanctions encourues par les contrevenants.

Les fournisseurs de service Internet et de téléphonie cellulaire sont en mesure de réagir quand on leur signale un cas de cyberintimidation sur leur propre réseau. Ils peuvent également aider leurs clients à trouver le fournisseur concerné, quand il s’agit d’un autre réseau.

Comment réagir concrètement

La cyberintimidation est l’affaire de tout le monde et la meilleure réponse est dans l’action et la prévention.

Ce que les parents peuvent faire

  • Impliquez-vous et soyez vigilants
    • Renseignez-vous le mieux possible sur Internet et sur l’utilisation qu’en font vos enfants. Discutez avec eux des sites qu’ils fréquentent et des activités qu’ils pratiquent en ligne. Soyez au courant de ce qu’ils affichent sur des sites Web ou sur leurs propres pages personnelles.

    • Encouragez vos enfants à venir vous voir chaque fois que quelqu’un dit ou fait quelque chose en ligne qui les effraie ou les met mal à l’aise. Restez calmes. Si vous « explosez », ils n’oseront plus vous demander de l’aide quand ils en auront besoin.

  • Encouragez vos enfants à se donner un code moral personnel et à choisir de se comporter convenablement en ligne.
    • Parlez-leur de ce qu’est une utilisation responsable d’Internet.

    • Enseignez-leur à ne rien afficher en ligne qu’ils ne soient prêts à montrer au monde entier, et à vous en particulier.

    • Établissez en collaboration avec eux une entente d’utilisation d’Internet et assurez-vous qu’elle contient des règles claires concernant l’éthique sur Internet. Les recherches menées par le Réseau montrent que, là ou les parents établissent des règles précises à l’encontre de certaines activités, les jeunes sont beaucoup moins portés à s’y livrer.

  • Réagissez quand votre enfant est victime d’intimidation en ligne
    • Soyez attentifs aux signes de détresse révélateurs d’une possible intimidation :
      par exemple, aller à l’école à contrecœur ou refuser d’utiliser un ordinateur.

    • Si le coupable est un camarade d’école, aller voir la direction de l’établissement et demandez-lui de vous aider à régler le problème.

    • Rapportez tout cas de harcèlement en ligne ou de menaces physiques à la police
      locale et à votre fournisseur de services Internet (FSI).

    • Si l’intimidation se fait par l’intermédiaire d’un téléphone cellulaire, signalez-le à votre fournisseur de services téléphoniques et changez de numéro si la situation ne s’améliore pas.

Ce que l’école peut faire

  • Intégrer dans son programme des activités reliées à l’anti-cyberintimidation ;

  • Faire prendre conscience de la gravité du harcèlement en ligne aux enseignants, élèves et parents.

  • Modifier la politique anti-intimidation de l’école ou de la commission scolaire de manière à y ajouter le harcèlement par Internet et par téléphone cellulaire. De sérieuses sanctions devraient être prévues pour tous les contrevenants.

  • Mettre à jour la Politique d’utilisation d’Internet de l’école ou la commission scolaire pour y interdire spécifiquement l’intimidation en ligne.

Ce que les jeunes peuvent faire

Comme les cas d’intimidation ont généralement lieu loin du regard des adultes, il est important d’apprendre aux jeunes à se protéger sur Internet et à réagir quand leurs camarades se livrent au harcèlement en ligne.

Lignes de conduite à suivre par les enfants et adolescents :

  • protéger leurs coordonnées personnelles et à ne pas donner numéro de téléphone cellulaire et adresse de messagerie instantanée ou de courriel à des personnes qu’ils ne connaissent pas.

  • prendre les mesures suivantes en cas d’intimidation en ligne :
    • prévenir un adulte en qui ils ont confiance, enseignant, parent, frère ou sœur aînée, grand-parent ;

    • quitter immédiatement l’environnement ou l’activité en ligne où a lieu l’intimidation (bavardoir, forum, jeux, messagerie instantanée, etc.) ;

    • bloquer les messages de courriel ou de messagerie instantanée de la personne qui les harcèle constamment. Ne jamais y répondre ;

    • enregistrer tout message de harcèlement et le faire parvenir à leur fournisseur de
      services Internet (Yahoo ou Hotmail, etc.). La plupart des fournisseurs de services ont des politiques de sanctions appropriées à l’égard des utilisateurs qui se livrent au harcèlement sur leur serveur ;

    • alerter également la police, quand l’intimidation inclut des menaces physiques.

  • réagir quand des camarades se livrent à de la cyberintimidation et protester chaque fois qu’on est témoin d’une attitude en ligne agressive envers les autres. La plupart des jeunes sont plus sensibles à la critique quand elle vient de leurs camarades plutôt que de leurs parents.

 

 

 
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