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Le crime n'a ni race, ni culture

Par Susan Riley

Si le racisme était toujours visible, violent et évident, il serait facile à reconnaître et plus facile à traiter. Mais malheureusement, le racisme peut être subtil et effacé, une composante de la texture quotidienne de nos vies.

Pendant les vacances, par exemple, trois hommes ont été poignardés tard dans la nuit au restaurant Saigon Capital, sur la rue Somerset. Le restaurant est vietnamien et les personnes impliquées étaient d'origine asiatique.

Cela en fait-il un crime asiatique comme les titres de nos quotidiens peuvent le suggérer ? Est-ce que le fait que le crime soit motivé par l'extorsion en fait un crime particulièrement asiatique ? Et quels Asiatiques ? Vietnamiens ? Chinois ? Indonésiens ?

Ou n'était-ce simplement qu'un crime ? Est-ce que toute tentative afin de mieux le préciser reflète un préjugé irréfléchi ou est-ce un aspect essentiel d'un travail policier efficace ? L'automne dernier, lorsque des élèves d'une école secondaire d'Ottawa ont été impliqués dans une confrontation avec la police de Hull, personne n'a parlé de « crime blanc ».

Pour être juste, une nouvelle publiée dans le Citizen concluait qu'aucune vague de criminalité ne faisait rage au sein de la communauté asiatique d'Ottawa. L'article témoignait également des préoccupations réelles des communautés asiatiques de Toronto et de Vancouver où les brutes et les trafiquants sévissent aux dépens de leur communauté et de la société dans son ensemble.

Mais cela ne constitue toujours pas une criminalité asiatique. Il s'agit de criminalité au sein de la communauté asiatique. La distinction est vitale.

L'article du Citizen citait également une avocate d'origine vietnamienne, Nhung Thuy Hoang, qui défend les canadiens d'origine asiatique accusés de divers crimes. Les accusations les plus communes selon elle ? Vol et violence conjugale.

Cela ne ressemble en rien à de la criminalité asiatique. Au contraire, ces crimes sont communs à presque toutes les cultures. Imaginez la révolte s'il l'on commençait à qualifier la violence conjugale comme de la « criminalité masculine ».

La communauté asiatique pose en effet un défi particulier aux forces policières, non pas parce que les Asiatiques sont plus déviants de nature, mais parce que leur langue et leur culture sont si étrangères.

À Vancouver et à Toronto, la police peut compter sur des unités d'enquête spéciales, composées d'Asiatiques, depuis les années 70.

Les journaux rapportent occasionnellement des histoires à sensations racontant leurs luttes contre les « gangs de rues asiatiques » qui opèrent les rackets de protection, le trafic de stupéfiants et la prostitution.

(Là encore, le langage est objectif. Si un groupe de garçons asiatiques portant des vêtements de cuir, des chaînes et démontrant de l'agressivité vous bousculent sur le trottoir, s'agit-il d'un gang de rue asiatique ou simplement un groupe de jeunes mal élevés ?)

Ottawa compte également sur sa propre unité asiatique, crée en 1987, la seule escouade se consacrant à une communauté ethnique. Son but visé est d'aider plutôt que de cibler les Canadiens d'origine asiatique.

Nhung Thuy Hoang fait l'éloge de cette approche, soulignant que « beaucoup de policiers ne sont pas familiers avec notre culture ».

Elle se rappelle d'une client, d'origine vietnamienne, qui était accusé d'avoir brûlé des feuilles mortes dans un parc municipal, une pratique courante dans son pays d'origine. D'autres Vietnamiens sont accusés de négligence lorsqu'ils laissent leurs enfants s'aventurer au large, comme ils le faisaient dans les camps de réfugiés.

Et à l'opposé, d'autres sont stupéfiés de constater que leurs habitudes de démontrer physiquement aux enfants leur affection sont perçues par les non Asiatiques comme de l'abus sexuel.

Selon l'avocate, il n'existe pas un besoin de protection contre les gangs de rue dans la communauté asiatique d'Ottawa, Mais il y a un besoin de surveillance policière éclairée et sensible.

Ce dont elle parle constitue bien entendu l'autre facette du racisme : une reconnaissance respectueuse de la différence. Lorsque nous, incluant les forces policières et la société dans son ensemble, atteindrons cet objectif, la « criminalité asiatique » disparaîtra.


Source : Susan Riley, « Le crime n'a ni race, ni culture », publié dans The Ottawa Citizen le 12 janvier 1993. Reproduit avec permission.

 
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