Par Randall Denley
Il arrive quelquefois que pour pouvoir réfléchir clairement à une question, il faut se tenir sur la tête. Imaginez une nouvelle qui se lirait ainsi :
Le corps policier d'Ottawa semble impuissant à mettre un terme à la vague de criminalité sévissant dans la région, allant de la fraude à l'homicide, en passant par le trafic de stupéfiants.
« Il y a un élément commun à tout ceci », commente Brian Ford, le chef des services policiers d'Ottawa. « Dans chaque cas, les criminels sont Blancs ».
Même si les statistiques relatives à la criminalité ne tiennent pas compte de la race, la police d'Ottawa estime que 90 % des crimes commis dans la région le sont par des individus de race blanche.
Les policiers demandent l'embauche d'agents supplémentaires de race blanche afin de les aider à mieux comprendre les habitudes des criminels blancs.
Ford, qui est de race blanche, va droit au but quant à l'élément racial de cette vague de criminalité. « Quelques-unes de ces familles se sont établies au Canada il y a des générations. Ce qui fait peur, c'est que les criminels sont comme vous et moi ».
Des sources policières indiquent que les criminels de race blanche portent souvent des vêtements sportifs ou même des complets-cravates, mais il n'existe pas de code vestimentaire particulier pouvant alerter les victimes potentielles de la présence d'un criminel blanc.
Des porte-parole pour les Blancs de la région ont été choqués par les statistiques présentées, mais demeurent sur la défensive.
Jacquelin Holtzman est membre du Conseil de ville d'Ottawa, un organisme composé entièrement de Blancs qui est réputé exercer un pouvoir considérable au sein de la communauté blanche. Elle est connu sous le nom de rue de Mairesse.
« Les personnes blanches que je connais sont sûrement l'exception ici, affirme Holzman. Des gens d'affaires, des lobbyistes, des personnes comme ça. Tous des citoyens modèles. Nous les oublions quelquefois lorsque les médias publient une autre nouvelle sur la criminalité commise par les Blancs ».
Les statistiques sur la criminalité blanche sont « étonnantes, spectaculaires et stupéfiantes », selon les mots du conseiller municipal Richard Cannings. Cannings, qui est Blanc, propose de convertir certaines rues en sens uniques et fermer certaines routes afin de repousser les criminels blancs hors de son territoire.
Quelques criminologistes remettent en doute la théorie voulant que la race soit un facteur dominant relativement à la criminalité, avançant plutôt que la pauvreté et le chômage sont à blâmer.
Selon le professeur John Smith, « si le gouvernement peut trouver une manière de remettre les Blancs au travail, plusieurs ne ressentiraient pas le besoin de se tourner vers le crime ».
Des porte-parole pour les Premières Nations du Canada se sont dit soulagés que le problème des crimes commis par les Blancs soit finalement discuté.
« Nous aimerions que des études généalogiques soient effectuées sur ces personnes afin qu'elles soient déportées dans leur pays d'origine. laissons la France et l'Angleterre se débrouiller avec leurs propres problèmes ».
Cela semble ridicule de cette manière, non ? Presque aussi ridicule que d'avoir à discuter sérieusement de l'idée que parce quelques Noirs sont des criminels, tous les Noirs ne sont bons à rien.
Nous avons appris ces derniers jours l'existence de gangs de rue composés de Jamaïcains, la plus récente menace criminelle ethnique. Maintenant, les Canadiens d'origine jamaïcaine doivent de nouveau se défendre. Comme lorsque Ben Johnson, le fameux sprinter canadien, est redevenu un Jamaïcain après avoir utilisé des stéroïdes. Comme Clinton Gayle, accusé du meurtre d'un agent de police de Toronto, est devenu un Jamaïcain même s'il vit dans ce pays depuis l'âge de 8 ans.
Il faut se sentir désolé pour les Canadiens d'origine jamaïcaine qui ont à subir ce type de publicité exagérée et qui, sans doute, craignent aussi la vague de crimes commis par des Blancs.
Source : Randall Denley : « Le crime n'est ni tout à fait noir, ni tout à fait blanc », publié dans The Ottawa Citizen, le 28 juillet 1994. Reproduit avec permission.