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La crainte du délinquant d'une autre race ou culture

Écrit par The Church Council on Justice and Corrections

« Lorsque nous craignons l'inconnu, nous tuons l'inconnu. Il s'agit d'un instinct naturel. »
Randall Tetlichi
Devant la Commission royale d'enquête
sur les peuples autochtones
« Même si nous vivons ensemble, ce n'est pas comme si nous vivions ensemble. C'est comme ça que je le vois. »
Chef Jonas Sangris
Devant la Commission royale d'enquête
sur les peuples autochtones

Dans la foulée du très publicisé meurtre au Just Desserts de Toronto, alors que les autorités policières étaient à la recherche de trois suspects de race noire et d'origine jamaïcaine, le président du Metro Toronto police Association, Art Lymer, déclarait : « Sommes-nous en train d'importer de la criminalité ? Si c'est le cas, exportons-le aussitôt que possible. »

Certaines personnes croient qu'un meilleur contrôle de l'immigration est la réponse adéquate au problème de la criminalité.

Mais Tony Doob n'y croit pas.

« En parlant de la crainte de la criminalité, nous la rendons invisible, affirme Doob. Les gens parlent de manière codée ici. À Toronto, il est devenu correct de blâmer les Jamaïcains pour les crimes commis par des Noirs. Dans leur esprit, les gens font la distinction entre les Noirs et les Jamaïcains, renforçant ainsi les préjugés .»

Le Canada importe-t-il la criminalité ? Derrick Thomas, un vétéran chercheur du ministère de l'Immigration du Canada, est l'auteur d'un rapport indiquant que les gens nés à l'extérieur du Canada sont en fait moins susceptibles que les personnes nées au Canada de commettre des crimes passible d'emprisonnement. « Cette étude suggère que, aussi longtemps que l'on y prête attention, les niveaux présents d'immigration ne contribueront à aucune augmentation exagérée des crimes graves au Canada. » Les Canadiens d'origine étrangère constituent 20,2 % dela population canadienne, mais seulement 11,9 % de la population incarcérée ou en liberté conditionnelle en 1991. Les statistiques gouvernementales indiquent que seulement 18 immigrants d'origine caraïbienne sur 10 000 se retrouveront au pénitencier. Malgré cela, un sondage Angus Reid-Southam réalisé auprès de 1 508 Canadiens en 1994, révèle que 51 % de la population est d'accord avec l'affirmation que certains groupes ethniques ou raciaux sont plus susceptibles d'être impliqués dans des crimes que les autres.

Il se peut qu'il existe un problème de criminalité au sein de la communauté jamaïcaine de Toronto et dans les communautés ethniques ailleurs. Plusieurs leaders de ces communautés sont d'accord jusqu'à un certain degré mais demandent cependant que son importance soit relativisée à une taille plus réaliste, dénuée des préjugés et des craintes qui se rattachent à la question de la peur de la criminalité.

Selon Michael Petrunik et Joseph Manyoni, de nouvelles préoccupations ont vu le jour relativement aux stéréotypes criminels des minorités visibles. Parmi les facteurs influençant cette tendance se trouve la vague de « non-Blancs » migrant vers les grandes villes canadiennes de même que la perception d'une augmentation de certains types de crimes de même que certains incidents largement médiatisés où l'on a pu assister à des allégations de racisme de la part du système judicaire canadien. Même le terme « minorités visibles » regroupe sous un même vocable plusieurs groupes raciaux, ethniques et culturels. Il existe plusieurs différences socioéconomiques et générationnelles entre les membres de tout groupe particulier, incluant celui des Noirs. Petrunik et Manyoni soulignent : « Différentes communautés de minorités visibles peuvent varier considérablement, non seulement en termes de types et de niveaux de criminalité, mais également dans la peur de la criminalité, les attitudes face au système judiciaire et les approches de résolution du problème de la criminalité ».

Au coeur de la problématique de la crainte de la criminalité, on retrouve la relation entre plusieurs groupes raciaux et les autorités policières. Tim rees reconnaît, dans une étude datant de 1985, que les institutions politiques et sociales canadiennes ont été incapables de s'adapter facilement et rapidement aux changements dans la composition raciale de la société qu'elles doivent desservir. On a recensé de nombreux cas de tensions entre la communauté et la police à la suite d'incidents particuliers.

La police aimerait comptabiliser des statistiques reliant la criminalité et la race, sans doute partiellement pour démontrer la prédominance de la criminalité dans certaines régions ou dans certaines communautés. Tony Doob reconnaît la pertinence d'établir ces statistiques pour d'autres bonnes raisons, mais jamais pour étiqueter une race particulière comme étant plus « délinquante » que d'autres. Des statistiques reliant la criminalité et la race pourraient, par exemple, être utilisées dans le traitement des personnes, afin de déterminer les types de programmes et de personnel qui seraient les plus utiles et pour identifier les groupes s'intégrant dans le système et de souligner la nécessité d'un travail de prévention dans certaines communautés en particulier. Mais les statistiques officielles des autorités policières ne remplissent pas adéquatement leur rôle dans la description de plusieurs crimes et ne donneraient pas un portrait juste de la criminalité par un groupe racial en particulier.

John Lea donne une excellente description du cercle vicieux dans lequel les jeunes des minorités visibles sont enfermés, particulièrement dans leurs démêlés avec la police :

« L'étiquetage d'un groupe ethnique comme plus "délinquant" ou même d'une large section de celle-ci, comme par exemple les jeunes hommes, facilite l'adoption de stratégies policières générales orientées vers la concentration des efforts pour arrêter les Noirs dans les quartiers de la ville comptant une forte concentration de Noirs ou dans les centres commerciaux principaux où les jeunes Noirs sont immédiatement soupçonnés de l'intention de voler. La résultante de ce processus est une situation où l'étiquetage d'un groupe ethnique comme plus "délinquant" mène rapidement à un nombre disproportionné de membres de ce groupe arrêtés. Ce processus de magnification, reflété dans les statistiques policières, sert à confirmer les préjugés policiers relatifs à la criminalité menant à une plus forte concentration des ressources policières déployées contre ce groupe et une magnification plus importante de ses taux d'arrestation. La situation empire lorsque les jeunes agissent selon ce qui est décrit ci-haut et/ou utilisent le racisme comme justification de tout délit qu'ils commettent. »

Il existe une crainte subtile, et pas si subtile vis-à-vis quiconque est différent de soi. Pour cette raison, la peur de la criminalité est la peur de la différence. Nous craignons l'imprévisibilité de quiconque. Nous demandons : d'où viennent-ils ? que font-ils ? La peur devient une manière de réagir aux personnes qui paraissent, parlent et agissent différemment de la majorité. Des études ont continuellement démontré que cette peur est élevée dans les quartiers où l'on assiste à des croissances inattendues de la population « minoritaire ». Jean-Paul Brodeur explique que la crainte de la criminalité et les sentiments d'insécurité sont exploités en réaction à l'immigration au sein d'un quartier. Les gens ont l'impression que leurs emplois sont menacés et que les valeurs foncières vont chuter. Lagrange a élaboré sur l'anxiété et la peur d'être remplacé par des étrangers dans le milieu de travail : la frustration de se retrouver au chômage est sublimée dans le stéréotype que tous les immigrants sont des criminels. La délinquance devient le point où le sentiment de vulnérabilité des diverses agressions est cristallisé.

De même, ces peurs de la différence rejoingnent les peurs d'être victimisé, ce qui fait qu'une personne agressée par une personne d'un groupe racial différent peut stéréotyper une race entière et craindre toutes les personnes de cette race.

La justice criminelle est une question prioritaire pour plusieurs Canadiens qui croient être marginalisés ou menacés pendant que la composition du Canada inclut davantage de membres de minorités visibles. Un rapport de Stan Lipinski au ministère de la Justice souligne : « les centres urbains font face à une pression considérable suivant la migration importante dans les principales villes canadiennes. Alors que la société devient plus complexe, il y a une diversité croissante dans les communautés culturelles avec différentes valeurs et croyances jouant un rôle dans la définition de cette vision ».

Barry Thomas, directeur exécutif du Canadian Centre for Police Race Relations, parle des peurs déraisonnables dans la communauté comparativement aux aux taux de risque et de criminalité. Ce qui l'inquiète le plus est le développement d'un « apartheid sophistiqué » dans plusieurs villes majeures du canada, ce qu'il définit comme étant un « apartheid sans les symptômes ». Thomas, lui-même un immigrant en provenance de l'Afrique du Sud, reconnaît que certaines peurs sont tout à fait normales. Il parle ici des conséquences normales d'une première tentative d'intégration des immigrants là où certaines personnes au Canada craignent ceux qui paraissent et agissent différemment.

« C'est une histoire typique d'immigration , dit-il. Mais là où nous échouons comme pays est dans la deuxième étape, là où la vraie adaptation devrait se produire. Nous n'avons pas défini aux immigrants ce que c'est d'être Canadien.Quelques immigrants y parviennent. D'autres non... Nous sommes confrontés à un choix. Nous pouvons avoir une forme d'apartheid sophistiqué comme à New York, où les Noirs font leurs affaires dans une communauté et les Blancs font les leurs dans une autre avec une guerre constante à la frontière de ces deux territoires ou nous pouvons négocier la paix maintenant avant qu'il ne soit trop tard. »

Source : traduction d'un extrait tiré du rapport Fear of Crime in Canada: Taking the Pulse of a Nation, rédigé par The Church Council on Justice and Corrections, pour le ministère de la Justice du Canada, avril 1995. On peut trouver le document intégral sur le site Web du Réseau d'accès à la Justice.

 
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