Année scolaire : 1ère et 2ème secondaire
Durée : 1 heure par activité
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Aperçu
Cette leçon permet aux élèves d’explorer le concept de cyberintimidation et de découvrir comment les caractéristiques d’une communication en ligne peuvent induire des comportements inappropriés ou agressifs. La leçon met aussi en perspective d’autres facteurs contribuant à une situation d’intimidation – tant dans le monde digital que dans le monde physique, notamment le rôle joué par les témoins et la façon dont leur attitude sera décisive dans l’issue de l’intimidation. Les élèves travailleront ensemble à l’établissement d’un code de conduite en ligne, ou Néthique, pour la classe.
Objectifs visés
À l’issue de cette leçon, les élèves seront capables de :
- Comprendre les différences perceptives qui existent entre le monde virtuel et le monde physique
- Faire prendre conscience aux élèves que les témoins détiennent un rôle clé dans la dynamique de cyberintimidation
- Repérer en quoi les caractéristiques d’une conversation en ligne peut conduire à des comportements inappropriés ou agressifs
- Comprendre le rôle crucial des témoins potentiels qu’ils représentent dans l’issue de l’intimidation (dans le monde physique et dans le monde digital)
- Être sensibilisés à l’impact de la cyberintimidation sur la personne ciblée
- Avoir les réactions appropriées face à une situation de cyberintimidation, que l’on en soit témoin ou victime
- Énoncer les règles de la Néthique
Préparation
Préambule
Généralement, les élèves perçoivent l’environnement scolaire comme déconnecté du « monde extérieur » - et notamment du monde familial, ce qui est un frein au transfert de connaissances. Dans le cas de la cyberintimidation, qui se produit très largement dans un contexte familial, ce problème est crucial : à quoi servirait de développer à l’école des techniques que le jeune n’aurait pas l’idée d’utiliser une fois chez lui ? C’est pour contrer cette tendance que, tout au long des activités, un effort sera constamment fait pour replacer mentalement le jeune dans son contexte familial et virtuel personnels. L’enseignant doit être conscient que c’est ce qui assurera que ces nouvelles pratiques en ligne soient adoptées à long terme par les jeunes.
Activité 1 : Monde virtuel et perte de repères perceptifs
Dans cette première activité, les élèves considèrent les différences qui existent entre monde physique et monde virtuel, et évaluent en quoi elles sont susceptibles de contribuer aux comportements de cyberintimidation.
Notez la citation suivante au tableau :
« La technologie ne montre pas les conséquences tangibles de nos actes sur les autres »
—Nancy Willard, 2000
Discussion introductive
- Qui communique sur Internet ici ?
- Comment ? (bavardoirs, messagerie instantanée, réseau social tel Facebook, etc.)
- En ligne, est-ce que vous communiquez uniquement avec des gens que vous connaissez dans le monde physique ?
- Si vous avez des amis uniquement virtuels, écrivez leur nom sur une feuille.
- Avez-vous déjà essayé d’imaginer à quoi ils ressemblaient ?
- Avez-vous déjà été surpris par une de leurs réactions au cours d’une discussion ? (les réponses sont notées vis-à-vis de leur nom sur la feuille)
- Qu’est-ce qui, à votre avis, a été à l’origine de ce(s) problème(s) de communication ? (les réponses sont notées de même sur la feuille)
- Vous est-il arrivé de vous trouver dans ce genre de situation alors que vous discutiez en ligne avec vos amis de l’école ?
Commentez la citation de Nancy Willard avec vos élèves. Demandez-leur :
- Que dit-elle dans cette citation ?
- Quelles « conséquences tangibles » d’une conversation face à face perdez-vous lorsque vous êtes en ligne ?
- Vous est-il arrivé de dire accidentellement quelque chose en ligne qui a offensé quelqu’un ? Avez-vous déjà fait un commentaire qui était sensé être une blague, mais qui n’a pas été pris comme tel ?
Expliquez que, s’il fallait nommer le problème décrit dans cette citation de Nancy Willard, ce serait : « On ne voit pas les autres ». Le fait de ne pas pouvoir voir la personne à qui l’on parle est l’une des caractéristiques de la communication en ligne.
Notez cette deuxième citation au tableau :
« Ce qui est bien avec Internet,
c’est que personne ne sait que je suis un chien »
(Si vous le désirez, vous pourrez trouver une copie du fameux dessin d’où cette citation est tirée à : http://www.cartoonbank.com/item/22230.)
Demandez aux élèves :
- Que signifie cette citation ?
- Comment nommeriez-vous cette caractéristique de la communication en ligne ? (« Les autres ne nous voient pas »)
- Est-ce que le fait de ne pas pouvoir être vu par la personne à qui vous parlez peut être un plus, dans certains cas ?
Exercice de groupe
Demandez aux élèves de former des groupes par affinités et de répondre à ceci :
- Qu’est-ce que cette phrase nous dit à propos d’Internet ? Faites une liste de toutes vos idées avec le plus d’exemples concrets possibles (tirés de votre vécu).
- Jugez chaque point de votre liste selon que c’est une bonne « + » ou une mauvaise « - » chose.
Mise en commun : notez toutes les idées au tableau en les rassemblant progressivement de manière à créer le schéma suivant :
(Lors de la mise en commun, au moment où l’on aborde le côté négatif, faire la substitution au tableau : intimidateur.)

Discussion : demandez aux élèves de trouver des « trucs » pour limiter les risques potentiels du « côté obscur d’Internet ». Encouragez les élèves à trouver des façons concrètes de répondre à ce manque de repères visuels et auditifs en développant des lignes de conduite et des règles.
Par exemple, dans la catégorie « les autres ne nous voient pas », les élèves peuvent noter :
- Ne pas agresser autrui (dormir sur un message agressif qu’on compte envoyer, ne pas envoyer de message anonyme, etc.)
Dans la catégorie « on ne voit pas les autres », encouragez les élèves à utiliser l’empathie dans leurs interactions en ligne :
- Anticipez les conséquences de vos actes chez la personne cible. Aimeriez-vous recevoir un message similaire à celui que vous vous apprêtez à envoyer ?
Notez les règles élaborées en commun par les élèves afin de créer la Néthique de la classe (ces règles seront complétées au moment où on parlera du rôle des témoins, puis de la cible, et resteront affichées dans la classe).
Réfléchissez avant de cliquer
- Pour décider rapidement si une action qu’on s’apprête à faire en ligne est une bonne ou une mauvaise idée, pensez à deux personnes :
- un personnage connu (acteur, chanteur, etc.) que vous admirez pour son courage,
- une personne de votre entourage (famille, amis, personnel scolaire, etc.) en qui vous avez une totale confiance.
- notez ces deux noms dans un endroit précis de votre agenda ; à partir d’aujourd’hui, ils sont votre « conscience virtuelle ». À chaque fois que vous voudrez faire quelque chose en ligne dont vous n’êtes pas sûrs, demandez-vous « Et eux, qu’en penseraient-ils ? »
Activité 2 : Le rôle crucial des témoins dans l’intimidation
Comme on l’a vu lors de la première activité, tout le monde fait des erreurs ; on peut réagir en ligne de façon impulsive et dire des choses inappropriées, blessantes ou grossières. On appelle cela flaming. Mais le flaming est différent de la cyberintimidation, qui repose sur une relation déséquilibrée où quelqu’un utilise Internet avec l’intention de nuire.
Jeu de rôles
Demandez deux élèves volontaires, l’un qui jouera le rôle d’intimidateur, l’autre de cible ; le reste de la classe forme le public.
Établir à l’avance un scénario de ce genre avec les deux volontaires :
Intimidateur : Qu’est-ce que c’est que ce tee-shirt ? Tu l’as trouvé dans une poubelle ?
Cible : Mais non, moi je l’aime, ce tee-shirt, il est cool !
La cible s’assied près du public et lit un livre tandis que l’intimidateur « rentre chez lui », allume son ordinateur et transmet un message à la personne dans le public qui est la plus proche, avec la consigne « (nom de la cible) ne sait pas ce que cool veut dire ! Fais passer le message à ton voisin ». (Il serait peut-être bon que le premier à qui on passe le message soit un comparse, qui passe le mot en riant. Si quelqu’un refuse de passer le message, faites en sorte qu’on le passe à quelqu’un d’autre. Continuez jusqu’à ce que chacun ait eu l’opportunité de le lire).
Une fois que le mot a circulé dans tout le public, demandez :
Discussion
- « Combien de personnes étaient impliquées dans la dispute ? » (Le point important à faire ressortir est que la dispute ne s’est pas limitée à deux personnes : toute la classe était impliquée.) Le jeu de rôles permet d’introduire de façon frappante la responsabilité des témoins.
- Comment les témoins ont-ils réagi ? (ont ri, ont obéi à l’intimidateur en passant le mot, ont fait des commentaires, etc.)
- Est-ce que quelqu’un a refusé de passer le message ? Qui s’est demandé s’il devrait ne pas le passer ? Pourquoi passer le message si vous considérez que ce n’est pas une bonne chose ?
- Toutes les situations d’intimidation ont des conséquences négatives. De quelle façon la cyberintimidation affecte-t-elle la personne qui en est la cible ? (augmente le niveau d’angoisse, embarrasse, fait redouter d’aller à l’école ou d’utiliser l’ordinateur)
- Qu’est-ce qui, à votre avis, est le plus blessant : qu’on dise à votre propos des choses négatives ou qu’on fasse circuler en ligne un message négatif sur vous ? (Les deux sont vraiment blessants, mais lorsque quelque chose est posté en ligne, on ne peut pas le retirer et, comparé à un message verbal, un message écrit est permanent et peut atteindre beaucoup plus de personnes, ce qui lui donne un impact bien plus grand.)
Les témoins d’intimidation jouent un rôle crucial dans l’issue de l’intimidation, que celle-ci soit véhiculée par un ordinateur ou qu’elle ait lieu dans la cour de récréation. Projetez le transparent Des élèves se dressent contre la cyberintimidation, et présentez ces deux situations réelles :
- En novembre 2007, dans une école secondaire de Cambridge (Nouvelle-Écosse), un garçon de 14 ans nouvellement arrivé à l’école se fit malmener parce qu’il portait un tee-shirt rose. David Shepherd et Travis Price, deux élèves de 17 ans, eurent vent de l’incident et décidèrent d’agir : ils achetèrent 50 tee-shirts roses au magasin voisin et joignirent par courriel leurs camarades de classe pour leur demander de porter ces tee-shirts le lendemain à l’école. La nouvelle se répandit, et ce ne furent pas 50, mais plus de la moitié des élèves de l’école qui arrivèrent à l’école le lendemain vêtus de rose.. Un soutien sans équivoque au jeune qui avait été intimidé. On n’entendit plus parler des intimidateurs par qui tout avait commencé…
- On peut aussi être témoin d’une intimidation en ligne. Il y a quelques années, au Manitoba, un élève proposa d’élire en ligne « le plus nul de l’école ». Des élèves réagirent aussitôt en refusant de diffuser le message et en renvoyant à l’instigateur un flot de messages condamnant vigoureusement son initiative. Ils lui demandèrent notamment comment il se sentirait si son nom apparaissait sur la liste.
Demandez aux élèves s’ils connaissent d’autres histoires positives analogues.
Puis demandez-leur de formuler des règles à ajouter à la Néthique, spécifiquement pour les témoins d’intimidation.
Activité 3 : Cible active, cible passive
Dans cet exercice, on fait endosser aux élèves le rôle de cible, rendant ainsi tangibles les conséquences d’un acte de cyberintimidation.
Cet exercice vise spécifiquement à développer chez les jeunes des stratégies de résistance psychologique en faisant la distinction entre deux types de réactions à la cyberintimidation : active et passive.
Discussion
- Vous avez peut-être remarqué que dans cette leçon nous avons parlé de cible, et non de victime, de cyberintimidation. Pourquoi pensez-vous que nous avons fait cette distinction ? (Le terme « victime » est associé à la notion d’impuissance et de passivité alors que le terme « cible » ne présume rien quant à la façon de réagir de la personne agressée ; les individus ciblés par des actes d’intimidation peuvent, avec le soutien approprié, réagir.)
Deux options s’offrent à la personne ciblée par une intimidation :
La passivité (effacer le message agressif = plus de preuve, ne pas en parler, etc.) : la cible évite d’affronter la situation dans l’espoir qu’elle disparaîtra d’elle-même – ce qui, généralement, ne fonctionne pas.
L’action permet de faire évoluer la situation vers une résolution socialement acceptable et définitive de la situation.
- Demandez aux élèves de former des groupes par affinités. Une fois les groupes décidés, chaque élève retourne à sa place, car la première partie de l’exercice est individuelle.
- Une fois la classe silencieuse, emmenez-les dans l’exercice de visualisation suivant :
« Aujourd’hui, après l’école, vous rentrez chez vous. Prenez le temps d’imaginer le parcours depuis l’école jusqu’à chez vous. Imaginez-vous prendre le bus ou marcher, imaginez les rues, le paysage… Vous arrivez chez vous ; imaginez-vous faire tout ce que vous faites d’habitude au retour de l’école. Vous goûtez peut-être… puis vous vous installez à l’ordinateur, vous allez sur votre bavardoir préféré… et voilà ce qui apparaît à l’écran : (Projetez la « Message sur mon site préféré ».)
- Groupes « anonyme » : vous ne savez pas qui vous l’a envoyé.
- Groupes « non anonyme » : le message est signé, il s’agit de quelqu’un de l’école que nous appellerons « Gudule ».
Distribuez le document Si je suis la cible de cyberintimidation… et demandez aux élèves d’entourer l’émoticône qui représente le mieux leur état. (Indifférent, en colère, effrayé, malheureux…)
Posez les questions suivantes :
- Qu’est-ce que vous faites ensuite ? (Par exemple : éteindre l’ordinateur, effacer le message, en parler à un frère/sœur, parents, téléphoner à un ami pour lui raconter ce qui vient de d’arriver, etc.)
- Le lendemain à l’école, que faites-vous ? Comment vous sentez-vous ?
Demandez aux élèves de se réunir en groupes et de remplir les deux premières colonnes du tableau : dites aux élèves de noter toutes leurs idées et réactions, même si certaines ne leur semblent pas la meilleure façon de réagir - s‘ils y ont pensé, c’est qu’ils pourraient réagir ainsi.
Mise en commun
Demandez un volontaire pour noter les idées de la classe au tableau.
- Y a-t-il des différences dans les réactions selon que le message était anonyme ou non ? Pourquoi ? (Mettre en valeur que même si le message est anonyme, on peut, si nécessaire, demander au fournisseur d’accès de retrouver d’où provient le message envoyé en passant par l’adresse IP de l’ordinateur source. La différence majeure entre le groupe « anonyme » et « non anonyme » risque d’être la contre-attaque de la cible lorsque celle-ci connaît l’intimidateur ; mettre alors en valeur que la cible active vise à résoudre la situation de cyberintimidation et non à y entrer à son tour.)
- Si vous avez réagi en ignorant la cyberintimidation, pensez-vous qu’elle va disparaître ainsi ? Justifiez votre réponse.
Pour chaque idée qui a été inscrite dans le tableau, la classe décide si cette réaction fait partie de la dynamique d’une cible active ou passive et remplit ainsi la dernière colonne du tableau.
Idée clé : n’importe qui peut, à un moment ou à un autre, être pris pour cible – on n’en est pas responsable, on ne peut pas plaire à tout le monde. Mais en aucun cas on ne doit accepter une telle situation : il faut réagir contre la situation d’intimidation de façon à ce que celle-ci se résolve. Réagir directement soi-même, ou, si l’on ne s’en sent pas capable, en parler à quelqu’un qui fera évoluer la situation.
Généralement, on recommande une action en quatre étapes pour stopper la cyberintimidation :
STOPPE : quitte immédiatement l’environnement ou l’activité où se produit l’intimidation.
BLOQUE les courriels ou les messages instantanés envoyés par l’intimidateur. N’essaie pas de répondre ou de raisonner avec lui.
SAUVEGARDE tous les messages de harcèlement et fais-les parvenir à ton fournisseur d’accès (Yahoo, Hotmail, etc.) ; la plupart des fournisseurs d’accès prennent des mesures contre les harceleurs en ligne.
DÉNONCE : parles-en à un adulte en qui tu as confiance. Alerte la police si les messages incluent des menaces physiques.
Activité finale
Demandez aux élèves :
- Quelles sont les personnes vers qui vous pourriez vous tourner en cas de cyberintimidation ? Quel processus pourrait-on mettre en place pour que les élèves puissent dénoncer sans peur une situation de cyberintimidation ? (installer une boîte anonyme ou établir un endroit sur le site de l’école où les élèves peuvent rapporter confidentiellement ce dont ils sont témoins, par exemple)
- Et s’il s’agit de harcèlement dans le monde physique, vous tourneriez-vous vers les mêmes personnes ?
Reprenez avec les élèves les règles de Néthique développées pour la classe durant cette leçon. Demandez-leur s’ils voient d’autres règles à ajouter.
Activité complémentaire
Proposez aux élèves de développer, par groupes, des présentations destinées aux élèves plus jeunes (de l’école, ou d’une école voisine), afin de présenter les normes d’un comportement éthique en ligne, ainsi que des conseils pour réagir en cas de cyberintimidation.