Auteure : Jane Tallim
Année scolaire : 4e et 5e secondaire
Durée : S'étale sur plusieurs jours
Sujets : Représentations des minorités
Aperçu
Vous pouvez imprimer l’activité et les documents d’accompagnement réunis dans un fichier PDF.
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Cette activité vise à sensibiliser les élèves à la représentation des minorités visibles et culturelles dans l’industrie du divertissement au Canada. Dans un premier temps, les élèves explorent un concept fondamental : La création d’un média vise à représenter la réalité. Ils discutent de la nature des produits médiatiques, examinent la « re-présentation » qu’on y fait des gens, des idées et des événements à partir d’un point de vue donné et, finalement, élaborent sur les stéréotypes et les conséquences de la sous-représentation. Les élèves sont ensuite invités à lire le texte intitulé Représentation des minorités ethniques et visibles dans l’industrie du divertissement et à étudier les politiques canadiennes visant à assurer une représentation équitable des minorités visibles dans les médias électroniques. Réunis en petits groupes d’étude, les élèves examinent la représentation de la diversité culturelle dans le cadre des émissions de télévision canadiennes à l’heure de grande écoute. (Ces études s’inspirent des actions menées chaque année par l’organisme américain Children Now et de son document intitulé Fall Colors : Prime Time Diversity Reports.)
Objectifs visés
Les élèves porteront un regard critique sur :
- La « création » d’un média.
- L’art de « re-présenter » les personnes et les événements dans les médias à partir d’un point de vue donné.
- L’importance d’une représentation équitable dans les médias.
- Les conséquences de la représentation médiatique au sein de la société.
- Le rôle des stéréotypes dans les médias et les conséquences négatives de l’usage constant qui en est fait.
- Les lois et règlements du Canada visant à assurer une représentation équitable dans le monde des médias électroniques.
- Les résultats obtenus dans l’atteinte des objectifs de représentation équitable au sein des médias canadiens.
Cette activité permet également l’acquisition de connaissances mathématiques et statistiques lors d’exercices de compilation, d’évaluation et de représentation graphique des données recueillies.
Préparation/Documents
Préparez une copie des documents suivants :
Ayez sous la main :
- une photo ou un article de magazine portant sur une célébrité ou un athlète;
- cinq ou six exemplaires d’une grille horaire des émissions de télévision de la semaine.
Déroulement suggéré
Introduction : La représentation
Cette activité débute par l’étude d’un concept en éducation aux médias.
Écrivez en grosses lettres au tableau : « La création d’un média vise à représenter la réalité. »
- Que signifie cet énoncé ?
- Il comporte deux idées maîtresses. Quelles sont-elles ?
La première idée maîtresse stipule qu’un média est une création – tous les aspects de la production d’un média sont donc le fait d’individus poursuivant un objectif à partir d’un point de vue donné. La création d’un média sous-tend une multitude de choix sur ce que nous décidons d’y mettre – et d’y omettre.
- Par exemple, quelles sont les décisions qu’un cinéaste doit prendre en « créant » son film ? Le cinéaste doit choisir les vêtements que portera son héroïne, l’angle de la caméra, le cadrage, la trame sonore, le moment de cesser le tournage. Plus tard, lors du montage, il décidera des prises à inclure dans la version finale de son film.
La seconde idée maîtresse veut qu’un média représente la réalité. Comme les médias tracent un portrait des gens et des événements à partir d’un point de vue précis, cette représentation ne peut évidemment qu’être partielle et différer de la réalité propre aux gens présentés et aux événements relatés.
Effacez le mot « représenter » et remplacez-le par « re-présenter ».
- Si je modifie légèrement l’énoncé de ce concept, comment l’interprétez-vous ? Ainsi rédigé, cet énoncé reflète plus fidèlement l’action des médias qui, après avoir choisi les sujets et les événements à traiter, nous les « re » présentent à leur manière.
Illustrez votre propos en montrant à vos élèves la photo d’une vedette ou d’un athlète tirée d’un magazine.
Cette photo illustre bien notre propos. Il y a fort à parier que cette personne est très différente de l’image qu’on en a fait. Une telle représentation est bien loin de l’expérience d’une véritable rencontre.
Les médias peuvent créer des images et re-présenter les gens, les lieux et les événements, mais ils ne peuvent nous faire vivre l’expérience d’un événement dans toute sa réalité. Par définition, une représentation médiatique est une copie imparfaite qui se doit d’omettre une foule d’informations. Or, nous devons retenir cet élément capital pour bien saisir toute l’importance de la représentation de la diversité culturelle dans les médias.
Placez sous le projecteur la page-titre du document intitulé Représentation.
- Êtes-vous en accord ou en désaccord avec cet énoncé ? Pourquoi ?
- Quelles sont les « minorités » ou les « groupes de personnes » devant être inclus ? Les groupes devraient comprendre les minorités raciales ou ethniques, les minorités vivant une discrimination basée sur le sexe, le groupe social, l’orientation sexuelle, le pays d’origine, l’handicap, l’âge, etc.
- Comme notre société accorde de l’importance aux personnes dont on parle dans les médias, quel est le message sous-jacent à propos des absents ? La non-visibilité de certains groupes peut donner l’impression qu’ils ne sont pas importants ou qu’ils sont inexistants.
- De quelle manière la non-visibilité d’un groupe, dans les médias, peut-elle influencer les comportements sociaux ?
- De quelle manière la non-visibilité ou la sous-représentation d’un groupe, dans les médias, peut-elle influencer les sentiments et les comportements des membres de ce groupe en particulier ? La sous-représentation chronique des groupes minoritaires dans les médias peut mener à un autre problème d’image. Lorsqu’un groupe donné est rarement présent dans les médias (personnes, opinions et événements), l’impact est plus grand dès qu’on parle de ce groupe - la situation peut même s’aggraver lorsqu’un média s’attache aux stéréotypes.
- Qu’est-ce qu’un stéréotype ? Un stéréotype est une forme de représentation, il est directement relié à l’aspect « création » d’un média. Les réalisateurs doivent agir vite et respecter certaines contraintes liées à la production; aussi, ils ont recours à des « raccourcis visuels » pour que le spectateur ou le lecteur puisse rapidement établir « qui est qui ».
- Pour qu’on les saisisse rapidement, les stéréotypes s’inspirent de clichés largement répandus. Pouvez-vous m’en donner un exemple ? « Blonde » ou « meneuse de claques » est fréquemment synonyme de « ravissante idiote », lunettes à montures épaisses ou protège-poche évoquent les « maniaques d’informatique », l’« accent étranger » ou la « peau foncée » rime trop souvent avec « criminel dangereux », etc.
- Il est parfaitement humain de répartir une population en groupes; toutefois, à quel moment les stéréotypes peuvent-ils devenir problématiques ?
Un stéréotype devient problématique lorsqu’il :
- catégorise, de manière simpliste, un ensemble de différences;
- adopte des idées préconçues sur certains groupes de personnes pour en faire une « réalité »;
- est employé afin de justifier l’attitude des gens au pouvoir;
- perpétue une injustice ou une inégalité sociale;
- alimente un sentiment de différenciation – « nous » vs « eux »;
La représentation raciale dans l’industrie du divertissement
Éloignons-nous un peu de la représentation dans les médias en général pour nous concentrer sur la représentation raciale dans l’industrie du divertissement. C’est un fait, les messages liés à la race sont souvent combinés à d’autres messages portant sur le sexe, la classe sociale, etc. Aussi, essayons de garder en mémoire ces autres groupes tout au long de notre discussion.
Avant de parler de représentation raciale dans les médias, il serait utile de revoir la diversité culturelle qui caractérise notre pays. Rappelons que la diversité ethnique, au Canada, est parmi les plus riches du monde.
- Selon vous, quel pourcentage de Québécois disent appartenir à une minorité visible ? Quel pourcentage de Canadiens ? (Selon Statistique Canada, en 2001, près de 500 000 Québécois affirmaient appartenir à une minorité visible, ce qui représente près de 7% de la population québécoise. Pour l’ensemble du Canada, près de 4 millions disaient appartenir à une minorité visible, soit plus de 13% des Canadiens.)
(Placez sous le projecteur le document La population du Canada et, avec vos élèves, passez en revue ce graphique.)
Songez maintenant à l’industrie du divertissement – le cinéma, les spectacles diffusés à la télévision, les vidéoclips et même les jeux vidéo. Croyez-vous que les médias de divertissement sont le reflet de notre diversité culturelle ? Accordez suffisamment de temps à vos élèves pour qu’ils discutent et échangent leurs points de vue.) Selon vous, quels sont les groupes les plus représentés ? Les moins représentés ?
Distribuez le document Représentation des minorités ethniques et visibles dans l'industrie du divertissement et invitez les élèves à répondre aux questions suivantes. Une fois le questionnaire rempli, donnez-leur l’occasion de partager leurs réponses en grand groupe.
- Selon le rapport Les médias québécois et les communautés ethnoculturelles publié en 1994, comment évaluait-on la représentation de la diversité culturelle québécoise dans la programmation québécoise ? À votre avis, la situation a-t-elle changé depuis ? Qu’en est-il de la représentation de la diversité canadienne dans la programmation canadienne ?
- Cette représentation dans les jeux vidéo est-elle plus équitable ou moins équitable ? Êtes-vous d’accord avec les conclusions du groupe d’étude Children Now ? Pourquoi ?
- Quels sont les éléments à prendre en considération lorsqu’on réfléchit à la représentation des minorités dans les médias de divertissement ? On ne doit pas s’arrêter uniquement à la visibilité du groupe : l’image projetée est tout aussi importante. Cette image est-elle réaliste ? Les rôles positifs et négatifs sont-ils équitablement distribués ? Les gens de couleur défendent-ils des premiers rôles ou sont-ils relégués aux rôles de faire-valoir ? Lorsqu’une personne de couleur est choisie en raison de sa race ou de son ethnie, cette décision est-elle justifiée ou non par le scénario ? Retrouve-t-on des gens de couleur dans la peau d’un personnage à la fois riche et complexe ou défendant une grande variété de rôles ?
- Qu’en est-il de la représentation derrière les caméras ? Ces résultats reflètent-ils la réalité de la composition de notre population et les objectifs visés en ce qui a trait à la représentation des minorités ?
- Selon cette étude, la représentation (ou la non-visibilité) des minorités dans l’industrie du divertissement public a-t-elle une influence sur les enfants et, si oui, laquelle ? Êtes-vous en accord ou en désaccord avec l’auteur ? Pourquoi ?
Codes d’application volontaire sur la diversité culturelle
Le Canada s’est doté d’un système visant à assurer une représentation équitable au sein des médias. Ainsi, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) stipule clairement que la programmation de la radio et de la télévision canadienne se doit de refléter la diversité culturelle du Canada. Lorsque les diffuseurs demandent au CRTC l’octroi ou le renouvellement d’une licence d’exploitation, ils doivent démontrer leur engagement à mener certaines activités précises dans le but de refléter cette diversité culturelle.
En réponse au CRTC, l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) a établi des lignes directrices afin d’assurer la représentation des minorités ethniques et visibles. L’application de ces codes est volontaire mais, comme les diffuseurs sont en grande majorité (96%) membres du l’ACR, l’Association leur demande de respecter un code d’éthique, soit :
- assurer une couverture juste et équitable des sujets à traiter;
- éviter la diffusion d’histoires, de nouvelles ou d’images susceptibles d’inciter à la haine ou au mépris de l’autre pour des raisons ethniques, raciales ou religieuses;
- éviter les propos violents et offensants ou les contenus stéréotypés.
En outre, on demande aux diffuseurs de s’engager à refléter la diversité culturelle dans leurs pratiques d’embauche et de formation.
Dans son code d’éthique, l’ACR a adopté certaines règles liées à la diversité raciale et ethnique. Par exemple, on y interdit la diffusion de tout contenu abusif ou discriminatoire lié à la race, à l’ethnie, à l’âge, au sexe, aux habilités physiques ou au statut civil.
C’est le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) qui est chargé d’appliquer ces codes et lignes directrices. Le Conseil est un organisme d’autoréglementation de la programmation par les radiodiffuseurs privés canadiens; il reçoit les plaintes du public portant sur le contenu de la programmation et tente de solutionner tout conflit en agissant comme médiateur entre le plaignant et le diffuseur. La majorité des plaintes sont ainsi résolues.
Activité de groupe
Sondage sur l’industrie du divertissement
Allouez aux élèves une semaine pour effectuer ce sondage sur la programmation télévisuelle ainsi que deux ou trois rencontres de groupe pour compiler, analyser et présenter leurs données.
Chaque année, l’organisme Children Now analyse la représentation des minorités dans le contenu télévisuel aux grandes heures d’écoute et diffuse les résultats de ce sondage dans le Fall Colors Prime Time Diversity Report. Au cours de cette activité, les élèves mèneront leur propre sondage en examinant les émissions de télévision les plus populaires.
Divisez votre classe en cinq groupes (idéalement, chaque groupe doit réunir cinq ou six élèves afin de bien répartir les temps de visionnement télévisuel). Chaque groupe étudiera la diversité culturelle présente dans la programmation, aux heures de grande écoute, pendant toute une semaine (du lundi au dimanche, entre 20 et 23 heures). Les élèves doivent reconstituer une grille horaire complète des émissions présentées pendant cette période.
Groupe 1 : Télévision locale
Groupe 2 : Télévision locale
Groupe 3 : Canal jeunesse
Groupe 4 : Principal réseau national
Groupe 5 : Réseau public, Radio-Canada
(D’autres thèmes peuvent s’ajouter et offrir d’excellents terrains d’analyse : les 20 meilleurs films, vidéoclips ou jeux vidéo, le Décompte Musique Plus, la majorité des émissions populaires pour enfants [elles sont citées dans le rapport « Place aux jeunes dans les médias » de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE)].)
Distribuez à chaque groupe des grilles-horaires de la programmation télé ainsi que le document intitulé Lignes directrices – Sondage sur la diversité culturelle. Après avoir visionné ces émissions, les élèves peuvent également visiter les sites officiels des diffuseurs pour obtenir de plus amples renseignements. Pour compléter leur étude, il serait utile d’enregistrer les émissions étudiées afin de noter les crédits accordés aux artisans cités aux génériques en début et en fin d’émission.
Une fois l’étude terminée et les données compilées, les élèves présentent en grand groupe les résultats obtenus et soumettent leur rapport pour fins d’évaluation.
L’étude comparative entre les groupes peut comporter les éléments suivants :
- Différences entre le réseau local et le réseau national. (Par exemple, 1,6% de la population de la ville de Québec appartiendrait à une minorité visible, alors que la moyenne nationale se situerait autour de 13%. Les stations locales de Québec présentent-elles moins de diversité raciale que le réseau national ?)
- En comparant la programmation canadienne et québécoise, puis américaine et canadienne, constate-t-on une différence dans le nombre et le type de groupes représentés ?
- La diversité culturelle est-elle plus notoire aux heures de grande écoute sur le canal jeunesse que sur les réseaux offrant une programmation grand public ?
- Peut-on comparer le réseau public et le réseau privé ? Notez-vous une différence ?
Exercice complémentaire
- Les rapports de certains élèves peuvent être envoyés aux diffuseurs concernés.