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Représentation des minorités ethniques et visibles dans l'industrie du divertissement

Foule multiculturelleUn sondage réalisé en 2002 demandait aux Canadiens si, selon eux, le gouvernement devait protéger et encourager le multiculturalisme : 82 % ont répondu oui. Dans un tel contexte, on peut s’interroger comme Lionel Lumb, professeur à l’École de journalisme de l’Université de Carleton, sur les raisons pour lesquelles les millions de membres des communautés visibles, que l’on côtoie tous les jours dans la rue ou au bureau sont à ce point invisibles sur les écrans nord-américains.

Comment l’industrie « blanchit » ses contenus

La télévision canadienne, aussi bien publique que privée, est reconnue pour le caractère multiculturel de ses émissions pour enfants et adolescents, mais il est loin d’en être de même en ce qui concerne ses émissions pour adultes. Un rapport de Magali Dupont et Fo Niemi intitulé Les médias québécois et les communautés ethnoculturelles publié en 1994 démontre que les personnages issus des minorités culturelles présents dans les fictions québécoises sont le plus souvent des personnages secondaires exerçant des emplois peu rémunérés et aux prises avec des situations conjugales précaires. Ils seraient aussi moins héroïques ou virils que les personnages Blancs.

En 2002, une étude portant sur 70 heures d’émissions canadiennes, publiée par des chercheurs de l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, aboutit aux mêmes conclusions. 12 % des personnages étudiés sont issus des minorités visibles, ce qui n’est pas loin de refléter le pourcentage réel dans la population. Mais, là aussi, c’est le type d’image projetée qui pose problème.

« Ce qui nous est montré ne reflète qu’un niveau d’intégration très superficiel, dit Shane Halasz, un des responsables de l’étude. Les rôles interprétés sont rarement au centre de l’intrigue et le milieu de travail constitue souvent un endroit où il est facile d’inclure une personne de couleur si l’on veut sauver les apparences, sans avoir à s’intéresser à sa culture ou à sa vie personnelle. » Selon le comédien canadien Dhirendra, l’habitude d’utiliser des personnages issus des minorités ethniques comme de simples accessoires vient de la peur qu’ont les producteurs de bousculer le statut quo. Sans compter, ajoute-t-il, que les scénaristes n’aiment pas écrire sur ce qu’ils ne connaissent pas.

D’après le rapport À l’image des Canadiens : Pratiques exemplaires pour la diversité culturelle à la télévision privée, publié en 2004, la représentation des minorités ethniques dans les émissions dramatiques canadiennes anglaises atteind maintenant 13,5 %. Cependant, les rôles demeurent encore plus souvent secondaires ou accessoires que principaux. De plus, les membres de minorités visibles étaient plus susceptibles de tenir des rôles de criminels. On a même observé qu’ils étaient moins souvent présentés comme intelligents ou ayant du succès et plus fréquemment comme des gens menaçants.

Du côté francophone, le rapport a conclu que dans les émissions dramatiques, les minorités visibles ont une forte représentation, avec 11,6 % de toutes les présences dans cette catégorie. Il rapporte aussi la même tendance dans les émissions dramatiques pour enfants, avec 8,4 % de représentation. Bien que les minorités visibles étaient légèrement moins susceptibles de jouer des rôles principaux, elles étaient cependant plus susceptibles d’apparaître dans une optique positive, et présentés comme respectés.

Le point de vue des minorités sur leur représentation à la télévision

Une recherche qualitative menée en 1996 par Danielle Bélanger et Serge Proulx du Centre d’étude sur les médias auprès de membres des communautés culturelles révèle que ceux-ci ne se sentent pas bien représentés par la télévision francophone. Les personnes interrogées ont formulé le souhait de voir s’accroître la présence des communautés culturelles à l’écran, ce qui favoriserait une meilleure intégration sociale des immigrants et offrirait une plus grande variété de modèles aux enfants issus des minorités.

Les membres des communautés culturelles aimeraient aussi que les téléromans traitent de thèmes qui les concernent davantage, par exemple des difficultés rencontrées par les immigrants et les minorités visibles. Ainsi, il ne suffit pas que le comédien soit membre d’une communauté culturelle pour qu’il la représente, encore faut-il que son personnage rencontre les problèmes et les défis auxquels sont confrontés les membres de cette communauté. De plus, certaines des représentations des communautés culturelles qui sont diffusées actuellement à la télévision peuvent être jugées blessantes. Un portrait caricatural ou stéréotypé, ou un personnage « d’ethnique de service » ne contribue pas à montrer la diversité, mais renforce les préjugés. Selon les personnes interrogées, les efforts pour l’intégration des minorités doivent faire partie de la programmation régulière pour éviter de créer un effet de ghetto.

Plus récemment, en 2004, le Groupe de travail sur la diversité culturelle à la télévision a organisé des groupes de discussion dans lesquels différents aspects reliés à la représentation ont été soulevés. Il y a été question entre autres de la perception d’une sous-représentation des communautés autochtones et asiatiques; la perception d’une amélioration au cours des dernieres années et l’espoir d’une continuation. Les participants jugeaient que la représentation à la télévision est essentielle, indiquant qu’une représentation de qualité est une question d’estime de soi, de validation et de sentiment d’appartenance et de communauté.

Les stéréotypes et la sous-représentation dans les jeux vidéo

Bien que la télévision ait graduellement intégré dans ses pratiques des représentations plus justes des minorités visibles, l’industrie des jeux vidéo, par contre, semble rester sourde au message. Fair Play? Violence, Gender and Race in Video Games, une recherche réalisée en 2001 par l’organisme américain Children Now, a analysé les stéréotypes présents dans les jeux vidéo les plus populaires. Elle a découvert que la plupart de leurs protagonistes sont des hommes de race blanche (86 %) et que les personnages de couleur sont systématiquement stéréotypés : sept Asiatiques sur dix sont des experts en arts martiaux, huit Afro-Américains sur dix des sportifs professionnels. Presque neuf femmes noires sur dix y sont victimes de violence (deux fois plus que les Blanches) et 79 % des hommes noirs y manifestent une conduite agressive en paroles ou en actes (comparés à 57 % des Blancs).

Représentation au cinéma

Une étude des films hollywoodiens menée par le Grand Rapids Institution for Information Democracy en 2003 montre que les ethnies sont sous représentées, et souvent stéréotypées. En effet, dans les cinquante films étudiés, parmi les rôles principaux, 44 sont tenus par des blancs et douze par des acteurs issus de minorités ethniques. La plupart de ces films présentent les minorités dans des rôles stéréotypés : les noirs incarnent essentiellement des criminels, des vendeurs de drogue ou des membres de gangs; les latinos interprètent des gangsters ou des serviteurs; les arabes jouent les terroristes, et ainsi de suite.

L’impact sur le public

L’industrie du divertissement contribue beaucoup à l’idée que se fait le public de ce qui compte dans la société. L’impact des stéréotypes ethniques sur la vision que les enfants ont d’eux-mêmes et des autres en inquiète plus d’un.

Une autre étude de Children Now, A Different World: Children’s Perceptions of Race and Class in Media, réalisée en 1998, montre l’influence d’une représentation négative des minorités ethniques sur les enfants. Cette enquête révèle que les enfants associent les personnages blancs aux caractéristiques suivantes : richesse, bonne éducation, aptitude à commander, succès scolaire et intelligence. À l’opposé, les personnages issus des minorités visibles sont associés à la criminalité, la pauvreté, la paresse et au fait d’agir de manière idiote.

George Gebner, professeur à la Temple University de Pennsylvanie, affirme que si vous faites partie d’une classe sociale sur-représentée dans les médias, vous comprenez qu’il y a plusieurs possibilités, vous avez le choix de décider qui vous voulez être. Dans le cas contraire, la rareté des représentations tend à vous restreindre à des rôles stéréotypés. Les médias peuvent légitimer une population en la représentant et en lui montrant de l’intérêt, du respect. Par conséquent, Gebner croit qu’une représentation juste et équitable des minorités est essentielle pour qu’une société multiculturelle soit saine et tolérante.

L’importance des décideurs dans l’industrie du divertissement

En 2002, une étude de l’Université de Californie à Los Angeles est arrivée à la conclusion que « les minorités sont encore plus sous-représentées dans le travail de création et les postes d’autorité que sur les écrans eux-mêmes ». Beaucoup d’analystes soulignent que la pénurie de directeurs, producteurs, réalisateurs et scénaristes issus des minorités alimente la tendance à ignorer ou mal représenter les groupes ethniques.

En 2000, une étude de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) a montré que sur les 839 scénaristes d’Hollywood et de Beverly Hills, seulement 7 % provenaient de minorités ethniques. Pire encore, selon la même recherche, ils se trouvaient enfermés dans un ghetto : 83 % des scénaristes noirs n’écrivaient que pour des émissions mettant essentiellement des Noirs en vedette, et il leur était presque impossible de « passer » du côté des émissions « blanches », même si la situation inverse n’avait rien d’exceptionnel. Le dernier rapport du NAACP sur la diversité à la télévision, en 2003, note que malgré des améliorations récentes dans la représentation au petit écran, le problème du manque de personnes de couleurs derrière la caméra reste généralisé.

Cette pénurie de scénaristes et de producteurs issus des minorités culturelles peut également affecter directement la manière dont les minorités sont représentées au grand écran. L’acteur Garret Wang raconte qu’une régisseure de la distribution lui reprochait de ne pas avoir un bon accent japonais jusqu’à ce que, en désespoir de cause, il décide de prendre l’accent chinois-cantonnais le plus cliché qu’il connaisse et de transformer tous les « r » en « l ». « Voilà ! Cette fois, tu l’as », s’est-elle exclamée.

Les représentants des groupes de pression sont nombreux à dire qu’il est temps que cela change. Lionel Lumb conclut que « La diversité culturelle n’est pas un inconvénient, mais une richesse dont peuvent s’enorgueillir le Canada et les Canadiens. Le cinéma et la télévision pourraient tellement faire mieux. Il est temps qu’ils réalisent que refléter la diversité n’est pas un devoir, mais un plaisir. »

 
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