Le nombre de femmes qui font carrière dans les médias a augmenté significativement durant les dernières années, on est cependant toujours loin d’une représentation équitable des femmes en journalisme et dans les divers métiers reliés aux médias. Tout porte à croire que ce n’est pas par manque d’intérêt de leur part, mais parce qu’il y a toujours de la discrimination à leur égard.
| « Au Canada, les femmes représentent 28 % des journalistes de quotidiens et 37 % des journalistes de télévision. »
Source : Fédération internationale des journalistes |
Selon Évaluation-Médias, plus de la moitié des diplômés en journalisme au Canada sont des femmes, mais elles ne signent que 30 % de tous les articles de journaux. Une série d’études sur les médias, menées par Gertrude Robinson et Armande St-Jean, établit à 28 % en 1997 le nombre de femmes responsables de section dans les quotidiens canadiens, alors que seulement 5 % des rédacteurs en chef et rédacteurs en chef adjoints sont de sexe féminin. Selon Denis Monière, politologue et professeur à l’Université de Montréal, même si la visibilité des femmes journalistes s’est accrue depuis les 10 dernières années, il ne faudrait pas crier victoire trop rapidement. En plus d’être sous-représentées, celles-ci sont encore sous-utilisées pour couvrir les sujets considérés les plus importants (politique, économie, société). Et, lorsque vient le temps de présenter les bulletins de nouvelles en soirée, les femmes sont presque invisibles. Le plus souvent, les femmes se voient confier les journaux télévisés du midi ou de la fin de semaine. Jusqu’à tout récemment, la plupart des observateurs considéraient que le poste de lecteur de nouvelles au bulletin de 22 heures était encore pour longtemps réservé à un homme. La nomination de Sophie Thibault au journal de fin de soirée de TVA a démontré que les réseaux étaient prêts pour le changement. Le fait que ce soit une première, en 2002, prouve que les postes prestigieux sont difficilement accessibles aux femmes dans le domaine de l’information.
Les hommes continuent d’occuper environ 75 % des positions d’autorité dans les grands médias. Les perspectives de carrière pour les femmes s’assombrissent de beaucoup au fur et à mesure qu’on monte dans l’échelle hiérarchique. Une étude menée en 2001 par l’Annenberg Policy Center de l’Université de Pennsylvanie arrive à la conclusion qu’aux Etats-Unis, seulement 13 % des hauts dirigeants de l’industrie des médias et des télécommunications sont des femmes. Et peu d’entre elles arrivent au sommet de la hiérarchie : les conseils d’administration de ces compagnies ne comptent que 9 % de femmes et leurs plus hauts postes, 3 %.
Chaque année, Martha Lauzen, professeure de communication à l’université de San Diego, effectue une étude sur les femmes dans l’industrie cinématographique. Son enquête révèle que 24 % des producteurs, scénaristes et réalisateurs de télévision sont des femmes et qu’elles ne représentent que 17 % des créateurs derrière les films qui ont rapporté le plus d’argent à Hollywood.
Avoir le pouvoir de décision change bien des choses
Les études prouvent que la présence de femmes dans une équipe, surtout des femmes en position d’autorité, peut influencer le contenu des médias. Selon une enquête internationale réalisée en 2000 par l’Association des femmes journalistes (AFJ), les femmes sélectionneraient 6 % plus de sujets féminins dans leurs reportages que les hommes. Cette différence peut sembler minime, mais elle est tout de même significative.
Toujours selon l’AFJ, c’est à la télévision que l’on retrouve une plus grande proportion de nouvelles ayant des femmes comme sujet (de 5 à 9 % de plus que dans les autres médias). Ce n’est pas un hasard, car on retrouve davantage de journalistes féminins à la télé qu’à la radio et dans les journaux.
L’étude de Martha Lauzen confirme que la présence de femmes à l’intérieur de l’industrie fait vraiment une différence. Depuis les coulisses, elles peuvent exercer une influence réelle sur la représentation des femmes à l’écran et dans la presse écrite. Ainsi, conclut-elle, « quand on accorde à des femmes un rôle plus décisif dans la fabrication d’un film ou d’une émission de télévision, on peut être sûr que les personnages féminins à l’écran seront plus forts, plus réels et moins unidimensionnels ».
Même dans le domaine du sport professionnel, il y a du changement dans l’air quand les femmes s’impliquent. En 2002, la Société Radio-Canada a choisi une femme pour un poste important lié à la couverture du hockey professionnel : une première au Canada et aux États-Unis. À sa nomination comme analyste à La soirée du hockey, Danièle Sauvageau a promis certains changements dans le contenu de l’émission et dans la façon de commenter les jeux.
Deux pas en avant, un pas en arrière
L’auteure Kathi Maio rappelle que la marche pour l’égalité des femmes dans les médias a traversé des hauts et des bas : « Notre histoire, écrit-elle, n’en est pas une de progrès constants. Par exemple, il y avait plus de femmes réalisatrices dans les années 1920 (quand l’industrie était jeune et plus ouverte) que dans les années 1950. Et les rôles positifs de femmes fortes étaient plus fréquents au début des années 1930 qu’au commencement des années 1970. » Il est donc primordial de rester vigilants car les progrès observés aujourd’hui pourraient être balayés par de nouveaux reculs.