Le fanatisme et la haine s’alimentent de l’ignorance, de la peur, de la désinformation et de demi-vérités. Ainsi, les messages haineux perdent beaucoup de leur puissance quand le public est capable de les reconnaître et de les analyser. L’esprit critique est donc une arme essentielle dans la lutte contre la propagande haineuse.
Caractéristiques communes
Selon le journaliste Keith Ferrel, la majorité des sites haineux partagent trois caractéristiques communes.
1. Paranoïa
De nombreux sites haineux appliquent la théorie du complot. Ils attribuent aux groupes ciblés la responsabilité de toutes sortes de problèmes économiques, politiques et sociaux. Leurs affirmations s’appuient sur l’ignorance du public et des « preuves » inventées de toutes pièces.
L’une des plus infamantes théories du complot se trouve dans Le Protocole des sages de Sion. Ce texte écrit en Russie à la fin du XIXe siècle par un agent du tsar fait état de soi-disant « preuves » d’un complot juif de domination mondiale. Même si le caractère totalement inventé du Protocole est établi depuis longtemps, ses thèses resurgissent régulièrement dans les campagnes de propagande haineuse.
2. La main de Dieu
Les sites haineux font souvent référence aux écritures saintes et autres textes religieux pour donner l’impression que leur discours est sanctifié par une puissance supérieure et motivé par des considérations morales.
Par exemple, le site God Hates Fags, qui dépeint gays et lesbiennes sous un jour haineux et méprisant, parsème sa rhétorique homophobe de références aux saintes écritures qui prouveraient que « Dieu rejette les homosexuels ».
3. Armageddon
Les groupes haineux exploitent également la peur et l’incertitude en attribuant la responsabilité des problèmes sociaux et économiques aux groupes qu’ils persécutent. Des sites canadiens comme le National Skinhead Front, CFAR et la Canadian Heritage Alliance parlent ainsi constamment des « dangers » de l’immigration et de la nécessité d’un retour aux « valeurs traditionnelles européennes ».
Stratégies communes
1. Racisme
Sur leurs sites, les suprématistes blancs nient habituellement faire partie d’organisations racistes. Ils mettent plutôt l’accent sur la nécessité de protéger les Blancs de l’assimilation et/ou de la menace directe de groupes non-blancs.
La 14/88 Society fournit un bon exemple de ce type d’argumentation. Le nom du site combine deux références racistes populaires dans les mouvements suprématistes.
- Le chiffre 14 fait allusion aux 14 mots du slogan : « Nous devons protéger la survie de notre race et le futur des enfants blancs. »
- Le chiffre 88 représente « HH », huitième lettre de l’alphabet, qui signifie Heil Hitler.
Les sites ouvertement racistes comme 14/88, sont les plus facile à identifier car ils se conforment de près à l’image publique des groupes skinhead néo-nazis. Mais le chercheur canadien Matthew Lauder souligne que de nombreux autres sites cachent leurs objectifs racistes sous un message d’apparence plus modérée.
Ainsi, sur son site, L’église mondiale du créateur s’affiche comme « une organisation blanche professionnelle, progressive et non violente [favorisant] les droits civils, la libération et la détermination de soi par la race blanche. » Alors que dans son Petit livre blanc, l’organisation désigne clairement les Juifs et les minorités visibles comme ses « ennemis mortels ».
La propagande raciste est aussi pratiquée par des organisations autres que blanches comme Aztlan, un site qui milite pour l’établissement d’un Grand Empire hispanique en Amérique du Nord, et Libre Opinion, un fournisseur de services Internet en langue espagnole qui abrite gratuitement des sites racistes.
2. Pseudo science et intellectualisme
De nombreux groupes haineux utilisent un langage intellectuel et pseudo scientifique. Ils incorporent dans leur idéologie des écrits universitaires pour donner de la crédibilité à leurs thèses.
L’ouvrage de Phillip Rushton sur les différences d’aptitudes physiques et intellectuelles entre les races est un bon exemple de cette stratégie. Tout comme le flot ininterrompu de littérature néo-nazie longtemps publiée par la maison d’édition du Dr William Pierce (maintenant décédé). Le Turner Diaries de Pierce, qui raconte sous forme romancée l’histoire d’une révolution raciste, est réputé avoir inspiré l’attentat à la bombe d’Oklahoma City en 1995.
3. Révisionnisme historique
Une autre stratégie courante consiste à nier l’Holocauste. Ces individus haineux qui « révisent » l’histoire affirment que l’Holocauste n’a pas existé ou qu’il a été moins important que les données officielles ne l’indiquent. Le Zundelsite, par exemple, abrite une collection de textes révisionnistes, dont le pamphlet Did Six Million Really Die? [Six million [de juifs] sont-ils réellement morts ?] de Zundel lui-même.
4. Patriotisme
D’autres sites haineux cachent leurs messages sous un langage patriotique. La High Desert Militia of Southern California, par exemple, affiche sur sa page d’accueil des citations de Thomas Jefferson et Ben Franklin, à côté de « La Prière du patriote ».
« Mon dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et des ARMES pour combler la différence ! »
5. Désinformation
Certains groupes tentent par ailleurs de diffuser leurs messages à travers des sites dont on pourrait croire qu’ils ont été créés sans but haineux.
À première vue, le site martinlutherking.org paraît contenir de l’information sur King et le mouvement des droits civils. Il fait, en réalité, la promotion du racisme et de l’antisémitisme. La Canadian Association for Free Expression, contrairement aux apparences, ne lutte pas pour la protection des libertés civiles. Son fondateur, Paul Fromm, admet que le but du site est de promouvoir « un discours conservateur sur des sujets comme l’immigration et les différentes races ».
6. Nationalisme
Des sites comme la League of the South (États-Unis) ou la Canadian Heritage Alliance utilisent la rhétorique de la fierté nationale et du patrimoine pour soutenir un retour à une « civilisation blanche anglo-celtique ».
7. Symboles
Les groupes haineux continuent d’utiliser en guise d’images de marque des symboles bien connus comme la swastika nazie ou la croix embrasée du KKK. Par contre, des symboles « neutres » comme la croix celtique et les runes scandinaves sont de plus en plus souvent récupérés pour servir d’emblème aux thèses suprématistes.
L’Anti-Defamation League affirme que ces symboles de haine sont plus que de simples signes : « Ils sont conçus pour inspirer un sentiment de peur et d’insécurité […] Ils donnent aux membres un sentiment de puissance et d’appartenance, et leur permettent d’identifier rapidement ceux qui partagent la même idéologie. »