|
|
|
accueil blogue | english
25 mai 2009
Wikipédia
par Emmanuelle Erny-Newton
Entreprise communautaire d’ambition, elle est un des phares du Web 2.0 : la publication de ses contenus se fait sans intermédiaire, elle est très simple et instantanée –- la signification même du mot Wiki vient du mot hawaïen « wikiwiki », qui signifie vite. Il est évident que le caractère ouvert de l’encyclopédie en fait une proie facile aux luttes d’influence, à la propagande et à la désinformation. Mais si les contributeurs agissent sous couvert d’un pseudonyme, ils laissent cependant des empreintes digitales (littéralement) de leur passage, et savoir qui révise quoi est une fenêtre directe sur les batailles idéologiques que notre époque affronte. C’est pour éclairer cette dimension jusque là opaque de l’encyclopédie que Wikiwatcher a vu le jour : fruit de l’étudiant en informatique Virgil Griffith, le site met à la disposition des utilisateurs une base de données qui apparie les millions de corrections et ajouts faits dans Wikipédia aux adresses IP de leurs auteurs, permettant par là de repérer les organisations qui s’emploient activement à corriger les articles les concernant, ou à amender ceux de leurs concurrents. L'Eglise de Scientologie par exemple, a modifié l'article qui porte sur ses activités, ainsi que celui sur Tom Cruise. Elle a aussi ajouté des liens peu élogieux sur l'association américaine de psychiatrie, qui lui est opposée. Le Vatican a quant à lui cherché à réviser l’article sur le politicien irlandais Gerry Adams, leader du mouvement catholique Sinn Fein, à propos d’une affaire embarrassante. Des ordinateurs du ministère d’Industrie Canada « firent le ménage » sur la page de Jim Prentice au moment où l’ancien ministre de l’Industrie s’apprêtait à présenter l’amendement controversé à la loi sur le droit de copie. Côté corporations, Apple a édité la page de Microsoft pour y ajouter des commentaires négatifs, MySpace a supprimé un paragraphe concernant le piratage de leur site et Walmart a supprimé les critiques concernant sa sous-traitance à l’étranger et l’exploitation de ses employés. Soit. Mais en tant que pékin nécessitant tout simplement de l’information sur un sujet précis, puis-je faire confiance à Wikipédia ? Le principe de précaution et de vérification s’applique à Wikipédia – comme à tout site Web, du reste. Mais contrairement aux sites Web courants, Wikipédia est régie par des règles. Car si l’encyclopédie est communautaire, elle est loin d’être anarchique, et sa structure lui donne les moyens de repérer et de contrer les attaques à son intégrité. Enfin, la teneur des discussions relatives à l’article est souvent instructive : si l’article s’est construit dans l’harmonie, sans soulever de vagues insurmontables entre contributeurs, l’article est sans doute équilibré. Par contre, prudence si une polémique éclate dans la page de discussion : plusieurs points de vue se disputent sans doute l’hégémonie. Mauvais pour la neutralité, ça… Généralement, si les opposants n’ont pas réussi à aboutir à une version consensuelle de l’atricle et que les esprits s'enflamment, les Wikipompiers sont appelés à la rescousse : « Les Wikipompiers sont des médiateurs volontaires informels, qui tentent de mettre fin pacifiquement aux guerres d'édition et aux conflits entre utilisateurs en rétablissant un dialogue constructif et de confiance. ». Une visite à la Wikicaserne indique que les campagnes d’intervention actuelles des Wikipompiers se situent notamment sur les pages « Benoît XVI », « Arabes israéliens » et « Mémoire de l’eau ». Plus inattendus sans doute, des feux ont aussi pris sur les articles « Ecole Polytechnique » et « Portail : Alsace »… Aller faire un tour sur la page de discussion d’un article peut donc rapidement donner une idée de sa fiabilité. Cela permet aussi de découvrir une dimension qui n’est jamais présente dans les encyclopédies et ouvrages « papier » : les traits d’ébauche et les tâtonnements du savoir en train de s’organiser. Il est particulièrement intéressant d’attirer les jeunes dans ces coulisses, afin de leur faire ressentir qu’un savoir est une construction, et non une vérité indiscutable et figée. Non un produit fini, mais une matière en devenir, à laquelle tous, même eux, peuvent contribuer. Et si, pour l’enseignant et ses élèves, la richesse de Wikipédia se trouvait plus dans ce processus d’élaboration que dans le produit fini ? Le théoricien des médias et critique culturel Neil Postman défend l’idée que l’environnement d’apprentissage est plus important que le contenu de cet apprentissage. A une époque où tous les contenus, peu ou prou, sont accessibles depuis Internet, la remarque paraît d’autant plus fondée. Utilisée en classe, Wikipédia pourrait donc devenir une réelle entreprise d’apprentissage pour les élèves : de par son caractère heuristique, l'encyclopédie en ligne est rarement bloquée par les commissions scolaires ou les écoles ; et son authenticité – elle appartient au « monde réel », et non à l’univers distinct de l’école –- peut pallier à la fameuse « crise de sens » dont parle Michael Wesch dans son article Anti-teaching : confronting the crisis of significance : « (…) pour beaucoup d’élèves et d’enseignants, l’éducation est devenue un jeu de notes relativement dénué de sens ». « Lorsque les élèves se rendent compte de leur propre importance à façonner le futur de cette société de plus en plus globale et interconnectée, le problème du sens disparaît. » Justement, Wikipédia, entreprise communautaire, accueille les nouveaux arrivants à bras ouverts : elle leur a concocté un « bac à sable » pour s’entraîner, s’ils le souhaitent, avant de se lancer dans le terrassement direct d’articles en ligne. Elle exhorte l’utilisateur : « N'hésitez pas à modifier les articles ! Cette règle d'or fait que le projet progresse continuellement par l'initiative personnelle des participants. » ; et elle rappelle que rien n’est irréversible sur Wikipédia, grâce à l’historique. L’entreprise encyclopédique comprend même un système de parrainage des nouveaux, qui permet de tisser la communauté en même temps que le savoir.
Abordée en tant que contributeur, elle devient à la fois un terrain pour articuler ses connaissances, et un lieu où pratiquer sa citoyenneté numérique. N’est-ce pas là aussi le but de l’école ?
|
![]() Actualités du réseau
1 février 2010
L'avatar, au service de «la vie rêvée des gens» Huis clos sur le Net - Le monde vu de Twitter et de Facebook Deadline en Haïti: les médias et la catastrophe Le Superbowl sera perturbé par une pub antiavortement Vie privée : Google, Microsoft et Yahoo dans la durée L'étrange rapport Gallo sur le renforcement de la propriété intellectuelle en Europe Nous offrons aussi un service quotidien de nouvelles en anglais. ![]() Derniers billets
Les enfants face aux images du tremblement de terre d’Haïti
Musique et Internet. Je consomme donc je suis ? Libre comme le Web Ceci n'est pas une pipe - de Photoshop à la lecture de l'image Recherche dans les billets
Catégories
Alcool
(1)
Droit d'auteur
(1)
Général
(10)
Image corporelle
(3)
Jeux vidéo
(1)
Parents
(13)
Sports
(0)
Stéréotypes
(5)
Télévision
(3)
Archives
Janvier 2010 -
1 billet(s)
Décembre 2009 - 1 billet(s) Novembre 2009 - 3 billet(s) Octobre 2009 - 2 billet(s) Septembre 2009 - 1 billet(s) Août 2009 - 2 billet(s) Juin 2009 - 1 billet(s) Mai 2009 - 1 billet(s) Avril 2009 - 1 billet(s) Mars 2009 - 2 billet(s) Février 2009 - 2 billet(s) Janvier 2009 - 1 billet(s) Décembre 2008 - 3 billet(s) Novembre 2008 - 2 billet(s) Octobre 2008 - 2 billet(s) Septembre 2008 - 1 billet(s) Août 2008 - 1 billet(s) Juillet 2008 - 1 billet(s) |
|||||
|
English | Politique de confidentialité | Pour signaler un problème En haut © 2009 Réseau Éducation-Médias |