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26 octobre 2009

La génération C à vol d’oiseau
par Emmanuelle Erny-Newton

Je n’ai pas eu la chance d’assister au Colloque international du CEFRIO intitulé Enquête sur la génération C : Les 12-24 ans, utilisateurs extrême d'Internet et des TI . L’événement n’était pas des moindres, puisque non seulement on y dévoilait les résultats attendus de cette enquête québécoise,  mais on y attendait aussi des sommités internationales comme danah boyd (c’est elle qui n’aime pas les majuscules), et d’autres du crû comme Mario Asselin, Felix Genest ou Ron Canuel. Le programme, d’autant que j’ai pu en juger de l’extérieur, semblait allier orateurs et panels de discussion en proportions stœchiométriques. Et les conditions techniques étaient à la hauteur de l’intitulé du colloque : WiFi à volonté, et salle équipée d’un écran géant diffusant en temps réel les commentaires de twitterers zélés. Pour ceux qui ne connaissent pas bien Twitter, j’explique : le CEFRIO avait mis en place pour l’événement un « hashtag », en d’autres termes une étiquette (#GenC), qui permet de rassembler tous les tweets (messages) portant ce thème en une seule liste, laquelle liste était projetée en simultané dans la salle du colloque.

Quel intérêt d’avoir un Twitter live dans un colloque ? Il est double :

  • Les non-participants (par exemple, moi) pouvaient suivre en temps réel les discussions, retranscrites par les twitterers présents au colloque,
  • Les participants ET les non-participants (par exemple, moi) pouvaient envoyer des commentaires et participer virtuellement à la discussion ambiante.

J’avoue que l’expérience fut pour moi intéressante au point que j’ai décidé d’en faire un billet de blogue – Quoi ? Elle veut écrire un billet à propos d’un colloque auquel elle n’a pas assisté ?

En effet : dans cette expérience, le fond et la forme m’intéressent tout autant à analyser : le fond, par ce qui a été dit et les thèmes qui ont généré le plus de commentaires ; et la forme, le médium, dans  ce qu’il a apporté d’unique à un colloque classique : car grâce à Twitter, les interactions ne se confinaient pas aux intervenants ; il y eut réellement tout un réseau d’échanges d’information, de prises de position, de pistes de réflexion, ainsi que des messages de structuration :

  • Les informations : des messages qui répercutent ce qui se dit sur scène, sans ajouter de commentaire – du factuel, donc.
  • Les prises de position : le message est écrit en réaction à ce qui vient de se dire, pour le confirmer, le nuancer ou l’infirmer.
  • Les pistes de réflexion : Là, il s’agit généralement de questions ouvertes qui sont nées des thèmes abordés par le(s) conférencier(s), et que les auteurs proposent à la réflexion collective. 
  • Les messages de structuration : ce sont des messages où la personne « pense tout haut », essaye d’articuler une nouvelle information à son corpus personnel de connaissances.

Remarque préliminaire intéressante : les twitterers du colloque étaient tous concentrés dans les ateliers liés à l’éducation et au travail. Sur les quelques 90 pages de tweets #GenC que j’ai étudiés, il y avait moins d’une dizaine de messages concernant les volets « Consommation » et « Citoyen » (ce qui a généré des tweets laconiques : « Atelier consommation : personne ne commente la vidéo » ; « Même tendance qu'hier: ça tweet bcp plus dans atelier éducation que les 3 autres ensemble.. » ; « Est-ce que tous les gens qui twittent sont dans l'atelier de @marioasselin ?? » )

Etonnant, non ?

Cela pousse à penser que le plus branché des publics était bien celui des éducateurs… (N.B. : je n’ai étudié que les tweets générés par la deuxième journée du colloque. 90 pages, c’était déjà bien suffisant…)

Durant les différentes présentations twittées, de nombreux messages reprennent les thèmes et conversations engagés sur scène, permettant de repérer quelles sont les informations les plus importantes pour les personnes présentes : ainsi, les tweets relatent que « J. Okimoto met l'accent sur la dimension relationnelle du travail au sein d'une entreprise » : les entreprises leaders, peut-on lire, seront celles qui encourageront les connections de leur employés via les réseaux sociaux. Car, lorsqu’on engage un jeune, on engage aussi tout son réseau social (dit un C). Il serait donc peu inspiré de ne pas s’en servir… Okimoto, suivi de la table ronde des jeunes travailleurs, dressent ainsi les caractéristiques propres à tirer le meilleur parti des « C » : ces caractéristiques sont la flexibilité au travail, la capacité d’un employeur à intéresser et inspirer, et la possibilité pour l’entreprise de fournir « une liberté encadrée » : « La genC au travail a besoin d’autonomie (défis) et d’encadrement (mentor ou tuteur) ».

Hmm, réfléchissons : combien de ces caractéristiques sont effectivement présentes à l’école,  peuplée de C ?

A certains moments, aux pauses notamment, les tweets changent d’allure : le flot d’informations nouvelles « infuse » le public, qui se met à réfléchir à voix haute(s) via leurs messages – pour cela, certains utilisent des métaphores : « Un syndicat c'est comme un vaccin, une sorte de mesure préventive... » « L'identité numérique est comme la physique quantique. Ce n'est pas tant ce que tu dis que les gestes que tu poses qui te définissent! ». Ces messages sont un flagrant délit de structuralisme : leurs auteurs travaillent à rattacher à leurs connaissances antérieures les nouvelles informations que les intervenants viennent d’y ajouter – et à ce structuralisme, Twitter donne une envergure constructiviste : du fait que les tweets sont publics, chacun peut élaborer sur les réflexions de l’autre. Exemple :  « Je pense introduire une distinction entre immigrants (en train de) et immigrés (qui ont fini de...) » (ndla : allusion à la dichotomie de Prensky sur les natifs et les immigrants du numérique). Tweet en réponse : « Génération X, Y, C, ... on est tous des pionniers du numérique ! ».

Tiens, intéressante, cette capacité qu’a Twitter à rendre visible et lisible la « digestion » des informations  en temps réel ! Twitter, de la super-prise de notes, qui permettrait la rétention cohérente et communautaire d’informations nouvelles ? Hmmm, je me demande si ça n’aurait pas une application en classe, ca…

Sans surprise, le volet éducation, a donné lieu à de nombreux gazouillis : Mario Asselin est sans doute le plus cité et re-tweeté de tous les intervenants de cette deuxième journée : il est le porte-parole des enseignants qui cherchent à innover avec les TIC – et c’est justement la majorité de son public, durant cet atelier. Il parle du conformisme en éducation, et il constate que de nombreux enseignants demandent la fin d’une telle approche éducative : « Appel de Mario : pourquoi il y a des filtres, des barrières, qui empêchent de collaborer, communiquer, rechercher ? » , et encore « On a laissé beaucoup trop de pouvoir aux se(r)vices informatiques » - on ne peut qu’aimer Twitter pour sa capacité à encourager l’aphorisme…

Le problème des filtres à l’école est certainement perçu comme un sujet brûlant par le public, générant sur Twitter toute une discussion parallèle :
« Bloquer est inacceptable »
« Pas d’accord. Je bloque les porn-robots pis je vis bien avec ça. »
« Ya un (interminable) débat à faire sur quoi bloquer, quoi contourner, etc. »
« Si bloquer est inacceptable, éduquer est COMPLETEMENT PRIMORDIAL AUSSI !!! J’ai pas dit fallat ne RIEN faire !!! »
« L’évolution d’une génération passe par la sécurité »
« Le débat est à faire sur le blocage, car actuellement, ya un blocage sur le … blocage ! »

Echo et prolongement de cette conversation, la table ronde sur la sécurité suscite également beaucoup de messages de prise de position :
« Il ne faut pas s'arrêter d'innover au nom de la sécurité. Il y a même de l'innovation à faire par rapport aux enjeux de sécurité. »
« Il faut prendre des risques calculés et il n'y a pas eu de mauvaise expérience dans mon cégep. »
« Pas d'innovation sans création d'un précédent: il faut arrêter d'avoir ou de se faire peur toujours... Mesurer impacts puis foncer »
« Côté sécurité, l'éducation est préférable au contrôle, pour préserver les capacités d'innovation »

Cependant en matière de prise de position du public, la palme revient au terme « Génération C », continuellement remis en cause par les twitterers tout au long de ce colloque : rien que pour la deuxième journée, on a vu passer plusieurs dizaines de tweets sur le sujet ; en voici un florilège : « GenC est-elle si différent des X ou Y ? », « Commence à se trouver bien GenC pour sa trentaine ! »
Et aussi : « Où est quand est apparu le terme GenC et quelle est la différence ou à quel moment se trouve la coupure avec la génération Y ? »

Bonne question : c’est au CEFRIO que revient la paternité du terme Génération C  – qui a déjà fait son apparition (sommaire) dans Wikipédia. Terme emblématique, puisqu’il sert de hashtag (étiquette) et d’intitulé à l’événement, il a été créé pour désigner la tranche d’âge visée par l’étude du CEFRIO, en même temps que ses habitudes médiatiques (le C vaut pour Communiquer, Collaborer et Créer grâce à l'Internet.). Et c’est là que le bât blesse : la terminologie « Génération C » mélange deux caractéristiques distinctes : l’âge, et une manière d’être face aux technologies ; or certains « non C » utilisent Internet de cette façon-là aussi… et beaucoup d’entre eux étaient justement présents au colloque. Le terme crée également un certain flou, lorsqu’il s’agit d’interpréter les résultats de l’enquête : « Les C et la connaissance de leurs droits : est-ce parce qu’ils sont des C ou qu’ils sont jeunes et encore peu expérimentés ? ».

Est-ce réellement important  que cette terminologie décrive une réalité conjoncturelle ? Je pense que oui : le terme risque de devenir la marque de reconnaissance de tous ceux qui ont assisté au colloque, et de tous ceux qui, en l’utilisant, veulent montrer qu’ils sont « à la pointe de la recherche » dans l’utilisation des TIC. Or, comme l’a très justement dit un twitterer : « Je suggère : attention aux clivages générationnels : Ya des C qui sont plus vieux, je le jure ! ». Son inquiétude quant à l’image que le terme renvoie d’un point de vue générationnel est fondée : il n’est que de regarder les titres des articles de journaux rendant compte du colloque : La génération C contre les dinosaures, Les 12-24 ans, des utilisateurs extrêmes d'Internet, La société est-elle prête à accueillir la génération C ... Ressentez-vous cette insistance  sur le fossé qui sépare les C du reste de la population ? –même si l’enquête du CEFRIO n’a aucunement comparé l’utilisation des médias selon les tranches d’âge.

Les médias traditionnels sont la fenêtre par laquelle le public non spécialisé forme son opinion ; que retiendront-ils de ces titres ? «  Alors c’est bien vrai que les jeunes sont des super- utilisateurs des nouvelles technologies, et que nous, à côté, on est des billes ! »
J’ai bien peur aussi que pour l’enseignant non technologue, cet écho médiatique ne fasse que renforcer le blocage liés à l’intégration des nouvelles technologies à l’école…

Dans leur ouvrage « Teaching as a subversive activity », Neil Postman et Charles Weingartner développent l’idée que le langage est la carte de notre réalité. Véritable médiateur, il facilite la compréhension de notre environnement physique et social, mais ce faisant, il  l’obscurcit aussi. Nommer une idée, c’est la prendre pour argent comptant, ne plus la questionner.

Le colloque du CEFRIO a donné à beaucoup la possibilité de Communiquer, Collaborer et Créer grâce à Twitter, attestant à cette occasion de façon claire que les C transcendent les générations.
Lorsque le « sage » montre la lune, il est bon, parfois, de regarder le doigt.
 
Beaucoup de liens ont été échangés durant cette deuxième journée du colloque ; les voici rassemblés ici :

Lien comptes rendus colloque

Liens généraux

 
5 octobre 2009

Internet et l'économie de l'attention
par Emmanuelle Erny-Newton

Je l’avoue, je fais plutôt partie des « optimistes d’Internet ». C’est un sport qui peut s’avérer fatigant, car la presse donne souvent des armes aux « pessimistes ». Dans la longue liste des maux imputables aux nouvelles technologies, je voudrais aujourd’hui en retenir un:  le déficit d’attention.

Dans l’article retentissant Is Google Making Us Stupid ? (traduit en français ici), Nicholas Carr propose une description réflexive des transformations qu’il ressent depuis qu’il utilise Internet : « Auparavant, me plonger dans un livre ou dans un long article ne me posait aucun problème. (…) Ce n’est plus que rarement le cas. Désormais, ma concentration commence à s’effilocher au bout de deux ou trois pages. (…) il semble que le Net érode ma capacité de concentration et de réflexion. Mon esprit attend désormais les informations de la façon dont le Net les distribue : comme un flux de particules s’écoulant rapidement. Auparavant, j’étais un plongeur dans une mer de mots. Désormais, je fends la surface comme un pilote de jet-ski.» Barbara Arrowsmith Young, fondatrice de l’école Arrowsmith (Toronto) spécialisée dans le traitement des élèves en difficulté d’apprentissage, signale qu’alors que le déficit d’attention n’apparaissait que chez un faible pourcentage de ses élèves lorsqu’elle a débuté, ce problème lui amène à présent 50 % de son effectif.

On invoque le mode multitâche pour expliquer cette « épidémie » : Les jeunes font leurs devoirs, tout en téléchargeant de la musique et en ayant plusieurs fenêtres de chat ouvertes. Leur attention prend l’habitude de papillonner et de se partager entre les diverses tâches, plutôt que de se focaliser sur une seule. Selon la représentation sociale, donc, Internet les a formés au mode multitâche, et « formatés » à ne pouvoir intégrer les informations qu’à doses homéopathiques –vous savez, ce même Internet qu’on accuse aussi de rendre nos jeunes accrocs lorsqu’ils passent des heures concentrés devant un jeu vidéo en ligne…

Arrêtons-nous un moment, et réfléchissons à ce paradoxe : comment Internet peut-il à la fois engendrer une trop grande attention (addiction) et un déficit d’attention -souvent chez les mêmes individus ?

La réponse est à chercher dans le phénomène d’attention lui-même. Pour cela, il s’agit d’abord de balayer un mythe répandu qui voudrait que l’attention soit contrôlée « de l’intérieur » par le sujet, et que ce serait donc à l’individu de faire le nécessaire pour se focaliser sur une tâche. A preuve, les injonctions monodirectionnelles lancées par les enseignants à leurs élèves : « Faites attention à ce que je dis ! » « Ecoutez-moi ! » « Regardez par ici ! ». A preuve aussi, les commentaires sur les bulletins scolaires de notre enfance : « N’est pas attentif en cours ! » (je parle de l’époque où les bulletins ne ressemblaient pas encore à des QCM).

Or le processus d’attention n’est pas individuel, mais social, lié au contexte ; nous-mêmes, adultes, en faisons tous les jours l’expérience : du fait de notre environnement, « nous sommes poussés continuellement à vérifier que rien de plus important que ce que nous sommes en train de faire n’est pas arrivé via notre téléphone, notre Blackberry ou notre ordinateur (Twitter, courriel, Facebook). » –Profitons-en au passage pour abandonner définitivement l’idée de mode multi-tâche au profit  d’attention partagée, comme le fait Linda Stone dans Attention: The *Real* Aphrodisiac : "Le mécanisme de l’attention est la sélection : c’est ou l’un ou l’autre. (…) Les gens ont pourtant du mal à comprendre que l’attention est une ressource finie, comme l’argent."

De plus, du fait que le phénomène d’attention est social plutôt que cognitif, il n’est jamais neutre : les luttes entre diverses structures de l’attention dans une situation donnée sont une histoire de puissance et de résistance. Cela me rappelle une courte nouvelle que j’ai lue il y a quelques années, dans laquelle l’auteure décrit un « blind date » avec un jeune-homme charmant… le téléphone de l’homme sonne au milieu du repas, il n'y répond pas. Mais à la fin du repas, au moment de remettre sa veste, il jette un bref coup d’œil à son téléphone, ce qui décide la jeune fille à ne pas donner suite à cette relation : ce simple coup d’œil lui avait révélé son rang dans la structure d’attention du jeune-homme.

Enfin, le phénomène d’attention est dépendant de notre histoire individuelle (l’habitus de Bourdieu). Ainsi, lorsqu’un jeune devient accroc aux jeux vidéo, son comportement relève de la stratégie de l’attention : sa priorité est d’oublier, de fuir une réalité inconfortable, et s’appuie sur l’habitus, par le souvenir de l’état de bien-être déjà ressenti au moment de jeux antérieurs.

Il est de plus en plus apparent que l’attention est l’enjeu majeur de nos sociétés de l’information –l’expression « temps de cerveau », utilisée par les gens du marketing, est à la fois révélatrice, et carrément effrayante, de l’approche instrumentale qu’ils ont vis-à-vis de notre potentiel d’attention : l’attention (la nôtre), c’est de l’argent (pour eux). Les moyens technologiques sont infinis pour capter cette attention : réseau social, jeu, blog et micro-blog, … chaque médium a bien entendu un intérêt pour l’internaute, qu’il soit de l’ordre du loisir ou de la culture. Si bien que Facebook,Twitter, Digg, MSN et Ce-nouveau-site-que-je-viens-de-trouver-et-qui-est-vraiment-cool, sollicitent constamment, et en concurrence, notre attention. Dans le même temps, les enseignants, premiers affectés par le problème grandissant de « déficit d’attention » des élèves, voient leur classe s'envahir d’écrans -le loup dans la bergerie, en quelque sorte.

« Lorsqu’ils sont devant l’ordinateur, ils deviennent incontrôlables ! »

Dans ce contexte, il paraît raisonnable que certains enseignants se demandent, nonobstant les politiques éducatives actuelles : l’ordinateur est-il réellement une valeur ajoutée à la classe ?

Mais revoyons la question dans son contexte plus large : si le but ultime de l’école est de donner aux jeunes les connaissances nécessaires pour se préparer au monde adulte, alors oui, sans hésitation, l’ordinateur est une valeur ajoutée à la classe, non pas simplement à cause de ce qu’il apporte comme contenus et outils, mais en ce qu’il permet de maîtriser l’emprise de la technologie sur nos vies.

L’éducation, et plus particulièrement l’éducation aux médias, doit aider les élèves à se préparer à cette nouvelle économie de l’attention, et ce de deux façons : 

  • en apprenant à maîtriser l’attention qu’ils génèrent : la réputation en ligne, comment la protéger et comment la construire, devrait trouver sa place dans le cursus. Le portfolio numérique va dans ce sens, et est à cet égard une initiative intéressante.

  •  en apprenant à maîtriser l’attention qu’ils distribuent, c'est-à-dire en sélectionnant consciemment ce à quoi ils veulent être attentifs. C’est ce à quoi Howard Rheingold s’intéresse plus particulièrement, ces temps-ci, cherchant avec ses étudiants ce qui la facilite et ce qui la perturbe, pour ultimement la maîtriser.

Apprendre aux jeunes à maîtriser leur attention ? Mireille Houart et Marc Romainville  ont posé la question à des enseignants, et ont reçu des avis mitigés : « Pourquoi l’enseigner en classe ? J’ai mon programme à respecter, et d’ailleurs ce n’était pas enseigné à mon époque, et je l’ai pourtant acquis… »

Certes, répondent les auteurs. Mais ces enseignants qui ont appris à maîtriser leur attention sans l’aide de l’école (et j’ajoute : à une époque où les médias étaient bien moins invasifs) l’ont fait grâce à leur environnement social et familial – et non, comme on l’entend souvent dire, parce qu’ils étaient  plus doués - : « L’école a eu recours à cette idéologie du don pour dissimuler et justifier, au nom d’une prétendue nature individuelle, sa fonction de reproduction sociale ».

Nous vivons actuellement dans un monde qui pratique l’économie de l’attention : ce qui donne de la valeur à l’information, c’est la somme d’attention qu’elle peut attirer. Et les nouvelles technologies, par l’accès qu’elles donnent à notre « temps de cerveau », ont rendu bien plus complexe la gestion de notre attention au quotidien. C’est un problème en particulier pour les jeunes. Mais bonne nouvelle : l’attention est éducable - mauvaise nouvelle : il y a du pain sur la planche…

Une dernière remarque pour se donner du courage : enseigner la maîtrise des médias, et de l’attention qu’on leur distribue, est un acte de justice sociale ; c’est la démocratisation des aptitudes intellectuelles qui permettra à l’école d’échapper à la reproduction sociale.

 




 

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