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10 février 2010
Les écoles et le Web social
par Emmanuelle Erny-Newton
Sur Internet en général, et le Web social en particulier, tout n’est pas digne de foi, loin de là. A l’école, en revanche, tout tend à l’être ; par contrecoup, la pensée critique n’est généralement qu’un exercice scolaire ponctuel et bien repéré : « Critiquez cet article ! » dira l’enseignant. Ou encore : « Attention, il y a un piège ! ». Or dans la vie, les canulars grandeur nature viennent rarement précédés d’un avertissement. Emmener ses élèves naviguer sur le Web 2.0 c’est les pousser à construire et exercer en tout temps leur regard critique, et d’en faire chez eux une seconde nature. L’école traditionnelle, par son « devoir » de planification (et d’évaluation) pré-arrange des éléments de connaissance pour la consommation (souvent passive) des élèves. En comparaison, le Web social est un constant remue-méninges de la pensée humaine. Plus que la collecte linéaire de données et de connaissances préétablies, ce Web favorise la compréhension originale et créative par la mise en contact d’idées qui n’auraient pas dû se rencontrer. Utiliser le Web 2.0 en classe, c’est passer de l’accumulation de connaissances préétablies, de « pensées déjà pensées », à une compréhension originale née de l’exploitation de l’intelligence collective. J’ai le souvenir particulièrement vif du jour où ma fille, ayant rédigé une dissertation expliquant pourquoi elle était vegan, était revenue blanche de rage avec sa copie corrigée. La note était excellente, mais ce qui la mettait hors d’elle est que l’enseignant n’y avait laissé aucun commentaire. Pas le moindre indice qui aurait pu lui faire savoir si ce morceau d’elle-même avait changé la vie d’un autre. En bonne « native du numérique », sa réaction immédiate avait été de poster son texte sur son forum favori, où elle n’a pas tardé à récolter de nombreux commentaires. Dans la classe traditionnelle, l’enseignant donne « parce que c’est son métier », et l’élève ne donne pas, parce que ce n’est pas son rôle. Pour un élève, les occasions de « donner » (de l’information, son opinion, etc.) sont circonscrites et codifiées, et elles sont généralement un moyen d’évaluation, pas de discussion. L’élève apprend peu à peu que ce n’est pas tant ses idées qui y sont évaluées, mais sa capacité à produire un texte conforme aux instructions de départ. Or comme dans le cas de ma fille, l’utilisation sociale d’Internet permettrait de redonner à ces « exercices » une dimension dialectique réelle. Cela permettrait au jeune de construire son identité à travers les idées qu’il expose, et de réaliser qu’il est capable d’influer la communauté en ligne – et donc la communauté tout court. Dans le Web 2.0, les « producteurs d’information » ne sont évalués et hiérarchisés qu’à partir de ce qu’ils font, produisent et disent, et non à partir d’un statut à priori. Ce sont les internautes, par le biais du Web social, qui décident de lier et de faire circuler telle idée ou telle information. Dans ce contexte, « établir un lien, c’est émettre un vote », dit Dominique Cardon. Il est donc crucial de rendre les jeunes conscients de ce pouvoir qu’Internet met dans les mains de chaque internaute, et de leur permettre de l’exercer : initions très tôt les jeunes au « social bookmarking », qui permet de faire émerger des liens « enterrés » ; et donnons-leur l’occasion d’utiliser les micro-blogues de type Twitter, où s’échangent des liens de sources alternatives aux traditionnels « fournisseurs d’infos ». Commentaires
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Attention. ne croyez pas que parce qu'il est essentiellement technique, que le «Net/Web/réseaux sociaux numériques» sont neutres et exempts d'idéologie (notamment l'utopie du Net comme arène neutre où parler = voter). À ce titre, la démocratie est un MOYEN et pas une FIN en soi. Doit-on voter pour la vérité admise : aux États-Unis ce genre de raisonnement mène à l'enseignement des visées créationnistes de l'histoire, sur la base que près de 50 % des gens adhèrent à cette conception. Maintenant que les entreprises ont droit de financement comme les individus (jugement Cour Suprême États-Unis semaine dernière), voici que les industries peuvent «voter» (parler sur les réseaux sociaux numériques) comme et parmi des citoyens ; pas exactement «l'esprit critique» souhaité. Il n'y a pas de pensée non-idéologique, voilà où est rendue la critique aujourd'hui.L'idéologie dominante se présente justement comme non-idéologique (technique) : comment alors discuter avec un non-discours?
- 11 février 2010 20:09Ben là! J'ai réagi à l'autre article (j'ai suivi un hyperlien). Vous êtes maintenant dans mes signets. En mars prochain, je rencontre tous mes collègues pour tenter de leur communiquer «mon renouveau pédagogique», vous me permettrez de leur faire lire des extraits de ce billet...Tout est bloqué, chez nous, sauf Twitter, mais nous avons quand même quelques TBI. Il faudra sûrement que je m'assure que tout le monde focalise son attention sur ledit tableau :0
- 11 février 2010 20:44Au plaisir,
J.D.
André,
- 11 février 2010 20:57Tout à fait d’accord avec vous lorsque vous dites que la démocratie est un moyen –un processus, et pas une fin. Le vote démocratique ne débouche effectivement pas toujours sur un choix éclairé –comme dans le cas du créationisme, que vous citez. Les réseaux sociaux donnent à tous la possibilité d’être créateurs et passeurs d’idées. Introduire les réseaux sociaux à l’école donnerait à nos jeunes la capacité de réaliser et d’exercer cette possibilité –bref, de commencer, dès le secondaire à prendre une place d’acteurs dans leur société.
Quant au fait que les enterprises peuvent se ‘faire passer” pour des citoyens avez-vous un lien ? Cela pourait servir de point de depart à une activité en classe particulièrement intéressante !
capacité
Emanuelle,
- 11 février 2010 21:26Quand le vote démocratique débouche-t-il en soi sur un choix éclairé ? La rationalisation (le côté «éclairé») relèverait-elle d'un vote ou de l'adéquation à des principes rationnels directeurs «universaux»? Doit-on soumettre tout le contenu éducationnel à un vote ? Si tous les discours se valent (la pluralité des «je»), quel sera le résultat du vote ? De quel «nous» s'agira-t-il alors ? Et si l'école elle-même devenait un «nous» trop contraignant à la «libre» circulation des idées ? Votre vision des réseaux sociaux numériques est utopiques dans la mesure où elle exclue/oublie les incontournables et nécessaires rapports de pouvoir. En Allemagne nazie, ils étaient nombreux les gens à avoir voté/parlé, à faire passer leurs idées... On fait quoi alors ? Être acteur, c'est plus que s'exprimer au«je», c'est aussi s'en prendre au «nous», c'est-à-dire prendre place dans les rapports sociopolitiques (cessez de prendre le social pour un «système» technique neutre)
Emmanuelle, voici un lien vers les individu-corporations comme «passeurs d'idée» pour votre activité en classe: http://www.wired.com/politics/onlinerights/news/2007/08/wiki_tracker?currentPage=all.
- 11 février 2010 21:37AM
André,
- 11 février 2010 22:05Non, je ne prends pas le web social pour un "système technique neutre", c'est justement pourquoi je pense qu'il est important d'en indiquer le pouvoir et la portée aux jeunes -afin qu'ils l'utilisent pour faire entendre leurs voix.
Merci :)
- 11 février 2010 22:08Je découvre un peu tardivement votre billet (joies du hasard sur internet!) et je l'ai lu avec enthousiasme. Je travaille dans une école internationale en Europe et le web social est accueilli par de nombreux enseignants et l'administration dans son ensemble avec une extrême méfiance, voire pire. Je suis, comme vous convaincu que le web social est un instrument non seulement pédagogique mais éducatif tout à fait pertinent. Il me semble incontournable dans la mesure où il risque fort d'appartenir en plein à l'environnement social et économique de nos élèves.
[URL] - 24 février 2010 17:23Je me demande cependant si l'introduction du web social ne pourrait pas être l'entrée dans le processus pédagogique de l'intelligence collective. Par là c'est tout l'enseignement, méthode et structure, qui en serait bouleversé avec des conséquences sociales intéressantes. Qu'en pensez-vous?
Je suis tout à fait d'accord avec vous ! Justement hier, j'ai eu cette exacte conversation sur Twitter avec des éducateurs : je crois sincèrement qu'Internet et son Web social peut aider à atteindre la masse critique nécessaire pour que l'école -et même l'éducation à une échelle globale- entame une réelle révolution telle que la prône Sir Ken Robinson.
- 24 février 2010 23:14a été un article que j'ai aimé. Merci pour le partage.
[URL] - 23 juin 2010 10:49personnellement, ce n'est pas en interdisant l'accès que l'on résoudra le problème.
[URL] - 25 juin 2010 9:39Il y a nu véritable travail d'éducation à faire sur l'utilisation du web social et ses risques.
C'est à mon avis la meilleur méthodologie