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9 décembre 2009

Musique et Internet.
par Emmanuelle Erny-Newton

L’industrie de la musique va mal. Et c’est la faute d’Internet.

Pourquoi ? A cause du partage de fichier ( « Peer to Peer », ou encore P2P) –la bête noire des maisons de disques.
Particulièrement populaire auprès des jeunes (ils sont 86 pour cent à télécharger de la musique), cette technique permet à un utilisateur de chercher, puis d’accéder gratuitement à des musiques, des films ou des logiciels par ailleurs payants. Apparu en 1999 le partage de fichiers a tout de suite connu un essor considérable. Le site Napster, inventeur du genre, proposait aux utilisateurs de télécharger et de téléverser des fichiers sur ses serveurs. Les fichiers étaient donc stockés sur les serveurs du site lui-même, et postés, consommés et reproduits par les utilisateurs. Mais il y a un problème : le fait de mettre à disposition du public des fichiers (chansons, logiciels, vidéos, …) qu’on n’a pas achetés est une atteinte au droit d’auteur. Qu’à cela ne tienne, la deuxième génération de P2P sera donc décentralisée : dans ces sites, les internautes sont directement reliés entre eux, et non plus par l'intermédiaire de serveurs centralisés. Le site ne stocke rien lui-même sur ses serveurs. Il facilite l’échange entre particuliers.

Mais les particuliers eux aussi tombent sous le coup de la loi : lorsqu’il pratique le partage de fichier, l’utilisateur canadien enfreint doublement la loi :

• L’utilisateur contrevient à la loi  lorsqu’il copie des fichiers d’autres utilisateurs, alors qu’ils sont protégés par le droit d’auteur. Cependant, la loi autorise la copie d’une œuvre musicale (acquise légalement ou non) si celle-ci est destinée à un usage strictement personnel. Et pour compenser les auteurs du manque à gagner lié à ces copies « sauvages », la loi a instauré pour eux des redevances sur les supports audio vierges (CD, DVD). Le problème, avec l’évolution technologique, et notamment les capacités de stockage des ordinateurs et les lecteurs MP3, c’est que les supports audio vierges sont de moins en moins utilisés pour copier les fichiers.

• L’utilisateur contrevient à la loi  lorsqu’il met à la disposition des autres utilisateurs ses fichiers dûment acquis ; le principe-même du partage de fichier est l’échange : on accède aux fichiers des autres, et on laisse les autres accéder à ses fichiers. Or, en permettant un accès public à des œuvres dont on ne possède pas les droits d’auteur, on contrevient  à la loi, puisque l’usage fait du fichier cesse d’être « un usage strictement personnel ». Les dommages et intérêt pour cette infraction vont de 500$ à 20 000 $.

Partout dans le monde, le changement des pratiques liées aux nouvelles technologies, comme celle du P2P, poussent les gouvernements à revisiter leurs lois sur le droit d’auteur. C’est le cas au Canada, où le droit d’auteur est actuellement en train d’être révisé. Certains des enjeux sont bien résumés dans la vidéo ci-dessous, réalisée par la faculté de droit de l’Université d’Ottawa :


En France, la loi Création et Internet (ou loi Hadopi) vient d’être adoptée ; cette loi « sanctionne le partage de fichiers en pair à pair lorsque ce partage constitue une infraction au droit d'auteur. La récidive est punie de manière croissante et le législateur parle de « riposte graduée ». Cette loi crée une « Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet » (Hadopi), organisme indépendant français de régulation qui sera constituée au plus tard le 1er novembre 2009 (article 19 de la loi). » Cette loi continue de semer la controverse, comme l’atteste la page Wikipédia qui lui est consacrée : au moment où j’écris, l’article est frappé du sceau : « Cet article provoque une controverse de neutralité »

Protéger le droit d’auteur, c’est protéger la création. Mais les lois sur le droit d’auteur ne concernent pas que l’auteur…

L’industrie de la musique va mal. Vraiment ?

Le Times labs Blog a publié récemment « Les courbes que l’industrie du disque ne veut pas que vous voyiez ». Le graphe  représente la courbe des revenus, de 2004 à 2008, selon les trois secteurs de l’industrie : celui de la musique enregistrée, celui des concerts, et enfin celui des royalties, lorsque la musique est jouée en public. Pour chaque secteur, les différents protagonistes ne se partagent pas les recettes de façon égale : dans le secteur de la musique enregistrée, la plus grosse part revient à l’industrie du disque ; pour les concerts, ce sont les artistes qui empochent le plus.
Ce qui ressort de façon frappante de ce graphe, c’est que, si les ventes de disques ont baissé, constituant un manque à gagner pour les compagnies de disques, les revenus des artistes, eux, ont augmenté de façon substantielle.  L’article ne hasarde pas d’hypothèse pour expliquer cela, mais il serait intéressant d’étudier l’influence du P2P sur le succès d’un groupe : en effet, on peut penser que le P2P, en promouvant gratuitement les artistes, leur assurent une forte audience durant les concerts –et c’est justement le secteur où ils touchent le plus gros pourcentage.


En matière de relation au public, il est certain que l’esprit du Web 2.0 ouvre de nouveaux modèles pour les artistes : Serge Soudoplatoff, auteur et professeur à l’HETIC  décrit comment Internet est en train de supprimer les intermédiaires entre l’artiste et son public : sur le site  Sellaband  (littéralement : « Vendez un groupe »), par exemple, vous avez la possibilité d’écouter les musiques de groupes inconnus, qui cherchent à percer. Si leur musique vous plaît, vous pouvez alors soutenir ces musiciens : vous achetez une « part » dans leur groupe, afin de les aider à rassembler les fonds nécessaires à un projet musical (qui peut être un album, une tournée, …).

 

Jusqu’à récemment, la musique était prisonnière d’un objet, le disque. Il y avait un coût associé à la création de cet objet, à sa promotion et à sa distribution. Avec Internet, la musique s’est émancipée des objets, elle s’est dématérialisée, et le Web 2.0 s’occupe tout seul de sa promotion et de sa distribution.
Jeff Jarvis (aidé par un de ses twitterers) apporte un cadre global qui permet de mieux saisir la façon dont Internet change radicalement la donne économique : « Dans une économie du lien, la valeur vient des créateurs de contenus et des créateurs de liens. Il n’y a pas de valeur associée à la reproduction du contenu. ».
Les créateurs de contenus, ici, ce sont les artistes. Les créateurs de liens d’audience, ce sont les sites de P2P, et avec eux les auditeurs eux-mêmes.

Les reproducteurs… hum… ce sont les maisons de disques.

 

 





Commentaires

benyto a dit :

Merci pour ce billet et pour le lien du graphe. Je rejoins votre conclusion.

J'ajouterais que bientôt y aura aussi des concerts payants live en 3D diffusés sur le Net, donc en tout cas la musique, elle va bien.

 [URL] - 7 janvier 2010 11:35

Irene a dit :

Téléchargement de musique sur Internet va augmenter dans les années à venir, et personne ne peut mettre fin à cette pratique de l'industrie, même puissante musique. La jeune génération sera moins utiliser les médias classiques, tels que les CD, par exemple.
Bien que je préfère le téléchargement de musique de l'Internet, je pense que nous devrions trouver un bon moyen de satisfaire tout le monde - les consommateurs, les artistes et industrie de la musique ensemble.

Pour moi, il est normal de récompenser mon groupe de musique préféré et de payer pour leurs CD. Ils investissent dans leurs projets de manière beaucoup d'efforts et nous donne de nombreuses heures de plaisir, donc je pense que nous pouvons au moins payer le prix du CD, même nous, téléchargé de l'Internet.

Salutations de Grèce!

 [URL] - 2 février 2010 19:10

Marie a dit :

Pour moi, il est normal de récompenser mon groupe de musique préféré et de payer pour leurs CD. Cordialement, Marie

 [URL] - 9 mars 2010 15:07

paul a dit :

Its very interting post It should also be available in English format for English users.

 [URL] - 14 mars 2010 19:18

Fred a dit :

Le moment est venu de forcer l'industrie de la musique pour changer!

 [URL] - 19 mars 2010 15:49

Jack William a dit :

Je suis ravi de trouver beaucoup de choses utiles ici, c'est superbe. Merci pour le partage

 [URL] - 21 mars 2010 15:48

Emmanuelle Erny-Newton a dit :

Fred,

Il est certain que, sous l'impulsion des nouvelles technologies, l'industrie de la musique est en train d'opérer une mutation. Le sens dan lequel penchera cette mutation dépend en grande partie de nous, les utilisateurs -public et consommateurs potentiels. Il y a déjà de nombreuses alternatives qui s'offrent à nous. Pour creuser le sujet, voyez Partage de fichiers : au delà du côté légal, le côté éthique.

- 22 mars 2010 19:41

Marc a dit :

Thanks for the music info, it should be really available in english or german! On my page there is also an information about music from the internet, just have a look.

 [URL] - 10 avril 2010 20:29

Bruno M. a dit :

J'adhere totalement au discours de cet article.
Petite nuance toutefois: certes Internet a mis un sacre coup sur la tete de l'industrie de la musique mais n'oublions pas que l'industrie est egalement elle meme responsable de ne pas avoir su reagir comme il le fallait.

A voir comment les choses evolueront mais les annes a venir seront clairement determinantes.

Bruno M.

P.S: Desole pour le manque d'accent, j'ecris depuis un clavier qwerty.

 [URL] - 13 avril 2010 5:24

Lea a dit :

Thanks for the music info, it should be really available in english or german! On my page there is also an information about music from the internet, just have a look.

 [URL] - 23 avril 2010 17:34

Oster a dit :

Il y avait un coût associé à la création de cet objet, à sa promotion et à sa distribution.

 [URL] - 4 mai 2010 5:54

Aditya Yadav a dit :

That was the nice music.
thanks for it.
some information related to music is also available on my website please check it.
Thanks!

 [URL] - 12 mai 2010 6:27

Alexbor a dit :

very nice article

 [URL] - 17 mai 2010 21:46

Joseph Morris a dit :

I love this post, it's so great and really the truth about the internet! Hopefully this can be translated for everyone that only knows how to read English. Thanks a lot!

 [URL] - 24 mai 2010 22:10

Koifutter a dit :


excellent article and nicely analysed.informative post n an interesting read

 [URL] - 30 mai 2010 7:22

Zar a dit :

Very insightful article, thanks so much for sharing!

 [URL] - 5 juin 2010 2:56

sudoku solver a dit :

I wish my french was better, anyways thanks for the blog

sudoku solver

 [URL] - 22 juin 2010 5:15

RaphSEO a dit :

Ce sujet provoque toujours des débats.
L'industrie du disque va mal? non les majors vont mal, car ils n'ont plus le monopole de leur vache à lait.
oui il y a du téléchargement illégal et je ne le cautionne pas.
Internet n'est pas la cause de tous les fléau .
Comment expliquer la percée de certains artiste uniquement grâce à internet (cf Grégoire)
Pour en revenir à HADOPI je trouve cette loi stupide, d'une part car il est facile de la contourner, et d'autre part car elle n'est pas fiable
consultant référencement

 [URL] - 25 juin 2010 9:35

Emmanuelle a dit :

Merci RaphSEO - La législation sur le droit d'auteur est en train d'être revue partout, et nous sommes à un point de bascule historique en la matière. Pour comprendre tous les enjeux de la législation visant à protéger les labels discographiques (record label), regardez cet excellent documentaire de Brett Gaylor "Rip! A remex manifesto" http://www.onf.ca/film/RiP_remix_manifesto/?ec=fr20100428 (en accès libre sur le site de l'ONF). Les enjeux sont résumés dans le manifeste qui structure le documentaire:
1. La culture se construit toujours sur le passé
2. Le passé essaie constamment de contrôler le futur
3. Notre futur devient moins libre
4. Pour bâtir des sociétés libres, il faut limiter le contrôle du passé.

A VOIR !

- 25 juin 2010 15:32

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